Fin de trêve : Le front social va-t-il se rallumer ?

Dans le malheur que vivent le Niger et sa démocratie, le mouvement syndical démissionnaire depuis plus de 11 ans, en est comptable. Bien de leaders syndicaux, quand ils sont restés fidèles au syndicalisme – puisque nombre d’entre eux ont sauté du côté de la politique pour occuper des postés-récompenses – sont restés pendant tant d’années – et ce malgré qu’ils soient trop bavards – gravement silencieux, ne pouvant rien dire, ni de la mauvaise gestion de leurs amis, encore mois des entorses faites à la démocratie ni même de la précarité qui est le lot de ce que les travailleurs endurent depuis des années. Et on peut entendre les consoler de ce que les salaires sont payés à terme échu. Ce qui, dans un Etat normal, n’est pas un exploit dont on peut se flatter quand on est un homme d’Etat sérieux. Que n’avait-on pas dénoncé dans ce pays sans que jamais les syndicats ne s’y prononcent, faisant semblant de ne rien entendre de tout ce que l’on dit de la mal gouvernance ? La gestion du pétrole, les crimes économiques et l’impunité qui s’en suit, le trafic de drogue, les élections tropicalisées et les injustices, rien de tout ceci ne les intéresse : ils ont choisi un camp mais voilà qu’ils se rendent compte qu’on s’est joué d’eux et de leur naïveté et qu’à la fin, c’est le travailleur nigérien qui perd et qui se trouve dupé. Il est grave que même pour l’insécurité, ces centrales ne puissent rien dire, restant dans le confort insensé et inquiétant de leur silence qui les rapproche plus du pouvoir que des travailleurs et des Nigériens.

Mais alors que l’on ne s’y attendait plus, voilà que le vendredi 6 janvier dernier, l’Intersyndicale des travailleurs appelait à une déclaration publique à la Maison des Jeunes Djado Sékou. Enfin, prend-elle conscience des risques auxquels son inaction expose le monde ouvrier nigérien de plus en plus miséreux ? Se peut-il qu’elle revienne juste pour divertir les Nigériens pour se faire appeler pour un autre accord-bidon qui ne peut alors avoir que le même sort des premiers ? Pourtant les syndicats le savent bien : la lutte, seule, paie ! Eux choisissaient la collaboration, à leurs risques et périls et à ceux du monde ouvrier nigérien qu’ils ont choisi de sacrifier.

Au Niger, sous la Renaissance, tout se monnaie ! On sait que parmi, il y a quelques valeureux hommes qu’on essaie d’isoler et de stigmatiser pour qu’on entende plus leur voix qui fâche, confondue à tort à cette prêtée d’une opposition. Or, qui s’en est servi de ces syndicalistes à des fins politiques si ce n’est le PNDS ? La preuve est désormais là, patente, avec nombre d’entre eux, casés politiquement dans le système, pour services rendus au Parti. Les Nigériens savent pourquoi et comment.


Les centrales roulées dans la farine ?
Issoufou, discrètement, a fait des leaders syndicaux ses meilleurs amis, achetant, on l’imagine, chèrement le silence et la complicité des responsables syndicaux qui ont, pendant ses dix années de règne, joué le jeu. Dans sa déclaration, dressant le bilan des accords signés avec les socialistes au pouvoir, l’ITN déplore que de février 2012 à octobre 2018, le gouvernement ait signé 4 protocoles d’accords avec elle ; accords qui n’ont pas été intégralement respectés ; situation qui explique aujourd’hui la précarité dans laquelle végètent les travailleurs nigériens. Les centrales syndicales déplorent à cette date quelques treize (13) points des protocoles d’accords qui restent en souffrance, malgré les engagements répétés du gouvernement. Elles déplorent qu’en plus, depuis février 2021, l’ITN avait proposé au gouvernement, quatre (4) points de préalable à satisfaire, sur les treize (13), pour continuer les négociations, mais il n’en a rien été, ni par rapport à l’harmonisation d’un régime indemnitaire des fonctionnaires et la revalorisation du SMIG ni même la suppression de la contractualisation dans les secteurs de l’éducation et de la santé, à travers un recrutement progressif à la fonction publique des contractuels de ces secteurs d’activités, ni même encore la prime de départ à la retraite des fonctionnaires, prévue pour être donnée à compter du 1er janvier 2019, ni encore le règlement des arriérés des incidences financières liées aux avancements et reclassements, des agents fonctionnaires. Pourtant, c’est ce qui est à la mode dans toute la sous-région, même dans des pays sous embargo et en guerre contre le terrorisme. Mais au Niger, les princes s’enrichissent, volent et spolient l’Etat, intouchables. Et chaque jour l’on n’entend parler que de milliards détournés, volés ! Pauvre Niger de la Renaissance.


Aucune volonté politique….
A la suite du constat de ce désastre, l’ « ITN a bien précisé au gouvernement que la solution à ces points de préalable n’exclue pas le règlement par la suite des autres points des protocoles d’accords, en souffrance » ; une préoccupation qui n’aura pas été entendue. Ces socialistes d’un nouveau poil, ne pensent qu’à eux seuls, oublieux de la condition des plus vulnérables, mais pensant toujours à se distribuer des rentes, à s’octroyer de nouveaux privilèges, ne rêvant toujours que de conforts nouveaux. C’est pourquoi l’Intersyndicale s’indigne que ce soit « […] au moment où l’intersyndicale des travailleurs du Niger (ITN) attend les règlements appropriés de ses préoccupations qu’elle constate amèrement, contre toute attente que le train de vie de l’Etat est toujours en faveur des plus forts, avec l’octroi d’indemnités aux anciens premiers ministres, la révision, l’adoption d’une loi sur la pension de retraite par principe des députés après cinq ans de mandat, alors que les agents contractuels de l’éducation et de la santé ont accumulé plusieurs années de service sans être recrutés à la fonction publique, travaillent sans sécurité sociale, une des preuves de leur statut extrêmement précaire comme [les] en a traité l’autre ». Au même moment, on n’oubliera pas, les faveurs faramineuses faites aux anciens présidents de la République qui ont déjà tout eu avec l’Etat. On leur concocte, pour leur vie de luxe aux méchouis farcis, un texte qui leur accorde des privilèges qui n’ont rien à envier même à ceux que peut avoir un président en exercice.


Indignation…
On ne comprend rien à ce qui réveille enfin l’ITN alors que l’on sait que les problèmes du Niger ne datent pas d’aujourd’hui. Voilà des années qu’on les traine et des années d’errance pendant lesquelles, l’ITN, jouant au collabo, ne s’en est aperçu de rien, menant les travailleurs en pâture. Pourtant, les mêmes centrales, sous la 5ème République, savaient faire tant de bruit et de grèves pour des incidences financières et même pours des considérations politiques et politiciennes. C’est pourquoi, il est difficile de croire à ce respect qu’invoque l’Intersyndicale des travailleurs pour la bonne gouvernance. Où était-elle quand ces sandales de l’Uraniumgate, de la Sonidep, de la Sopamin, de la Caima, des échangeurs surfacturés, des rails de Bolloré, et de la Défense révélés par la presse ? Pourquoi, ne pouvait-elle pas avoir de voix sur d’autres graves questions de gouvernance, de gestion ? Faut-il croire que c’est juste parce que c’était un autre qui dirigeait le pays, non Issoufou ? On peut le croire quand, dans la déclaration de ce vendredi, elle rappelle qu’elle « est résolument attachée à l’orientation de sa politique et à la déclaration de la relance de ses activités du 23 janvier 2021 » car pouvait-elle considérer que l’Ami, quittera le pouvoir et que c’est un autre qui devrait venir et peut-être qui n’aura pas les mêmes soins d’entretien que l’ami en instance de partance du pouvoir pourrait avoir eus pour eux durant dix ans de copinage et de graves complicités qui trahissaient les luttes syndicales et l’engagement moral vis-à-vis des travailleurs syndiqués. Elle exposait ainsi les travailleurs à la perte des acquis car pendant dix ans de socialisme l’on pouvait, même pour fait de grève, être révoqué sans qu’aucune centrale ne bronche ! C’est triste et grave.


Mais l’ITN a raison – mais encore faut-il que ce soit sincère – de considérer désormais que « […] la gouvernance en place semble privilégier les intérêts égoïstes de la classe politique bourgeoise au détriment des attentes des partenaires sociaux en particulier et de tous les nigériens en général ». Et fait grave, pour montrer que ces socialistes n’avaient jamais eu la bonne volonté de respecter leurs paroles données dans le cadre des accords qui ne servaient qu’à endormir le front le social, l’ITN, enfin ouvre les yeux et voit que « […] durant plus de dix (10) ans, les budgets de l’Etat n’ont pas tenu compte des protocoles d’accords signés aussi bien entre les centrales syndicales et le gouvernement d’une part, d’autre part entre ce dernier et les syndicats de base ». Pourquoi l’ITN n’en parle qu’aujourd’hui, sous Bazoum ? Aussi, alors que la vie des travailleurs se précarise avec cette montée incontrôlée des prix sur les marchés qui rend la vie chère et insoutenable, le pouvoir d’achat des travailleurs s’est menuisé, avec des salaires statiques, situation qui ne peut empêcher qu’entre copains du pouvoir, on se distribue des privilèges, se couvre d’impunité pour taire les cas de malversation somme toute nombreux par lesquels on enrichit le clan et la clientèle politique d’une certaine géographie. L’ITN, dans de telles conditions ne peut pas comprendre « […] que les salaires n’[aient] pas connu d’augmentation depuis plus de dix ans » conservant, comme pour humilier un pays producteur d’or, d’uranium et de pétrole, « […] le plus bas SMIG de la sous-région ». Mais cette ITN ne peut pas comprendre que si cela arrive aux Nigériens en général et aux travailleurs en particulier, c’est bien par sa faute, par sa démission et ses complicités, pour avoir participé à cette gestion par ses silences qui la rendent tout aussi comptable de la gouvernance qu’elle proscrit aujourd’hui.


Le divorce annoncé ?
L’ITN commence à douter et peut-être à prendre ses distances avec le nouveau pouvoir. En effet, elle avait cru mais commence à se méfier de « […] l’engagement formel et librement annoncé par le Président de la République le 05 Mai 2021, de présider une réunion sur le dialogue social avec les centrales syndicales représentatives, chaque année, avant la session budgétaire de l’assemblée nationale » mais constatant amèrement « […] que cet engagement n’a pas été honoré en 2021 et en 2022, pour prévenir les conflits au travail ». Et les Nigériens sourient quand, enfin, ils voient le mouvement syndical nigérien réaliser qu’il a été grugé et trainé dans la boue, roulé dans la farine. Comment ne pas le croire quand, l’ITN, dans sa déclaration dit, « Parce que la classe politique nigérienne et les animateurs de l’Etat pensent avoir dompté le mouvement syndical, pour fêter autrement sur les intérêts des travailleurs », et prétend pouvoir reprendre le flambeau de la lutte ouvrière abandonnée depuis des lustres pour faire plaisir à des amis politiques, estimant être « […] plus que jamais déterminée à prouver le contraire, car consciente des attentes de la classe ouvrière, des attentes légitimes des travailleurs du Niger ». Bien plus tard serait-on tenté de dire même si un adage prétend qu’il n’est jamais tard pour bien faire.


Juger sur pièce…
Les Nigériens apprécieront dans les prochaines semaines, l’engagement de l’ITN à quitter son rôle de la complicité qui l’a compromise pour reconquérir la confiance perdue des travailleurs abandonnés à eux-mêmes depuis de longues années pendant lesquelles les amis politiques arrivaient au pouvoir et le géraient à leur manière. En tout cas, c’est elle-même qui le dit, pas un autre, qu’elle « […] donne au gouvernement un délai à compter de cette date et ce jusqu’au 15 Janvier 2023 pour la résolution des points de préalable et la reprise des négociations sur les autres points de doléances ». Et exhibant ses muscles avariés, elle ose cette menace peu sérieuse : « Passé ce délai, l’ITN rend le gouvernement seul et unique responsable de la situation ainsi engendrée ». Peut-elle espérer effrayer des hommes politiques avec lesquels elle s’était compromise ? Faut-il croire que cette ITN, que ce PNDS, nouvelle formule issu du dernier congrès ordinaire, ne sont que des instruments aux mains d’une opposition interne du parti présidentiel et du pouvoir pour faire chanter Bazoum ? Les prochains jours nous le diront.

Par Waz-Za

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