Scandales de corruption présumés au COHO : 60 millions de francs CFA versés par SKY PRIM à un haut responsable du COHO

Francfa Bceao 01Hier, encore, de très nombreux pèlerins nigériens sont en sit-in devant le Commissariat au hadj et à la Oumra, incertains d'effectuer le pèlerinage à la Mecque. Alors que les vols seront fermés, au plus tard, le 4 août 2019, des centaines de pèlerins Nigériens n'ont pas encore obtenu leurs visas d'entrée sur le sol saoudien. La raison, c'est que les fonds nécessaires n'ont pas été virés dans le compte indiqué pour le compte des prestataires saoudiens. Exclus les 60 pèlerins qui ont été sauvés par des agences soeurs qui ont accepté de payer leurs visas, ce sont quelques 500 pèlerins qui sont concernés par cette situation angoissante. Ils sont recensés dans les agences de pèlerinage Wafakay, Arayan et Qaswa. Où sont, donc, passés les sous devant servir à l'obtention de leurs visas ? Selon des informations glanées auprès de certaines agences, c'est la SONIBANK, prêteuse du COHO, qui aurait saisi 218 millions de francs CFA des montants ayant transité chez elle. En guise d'un prêt dont le COHO est redevable.

Un Saoudien et un Soudanais soulignent dans une vidéo qu'ils ont donné, chacun, 50 000 riyals (environ huit millions) au Haut commissaire.

C'est le désarroi total dans les rangs de ces pèlerins qui ne savent plus à quel saint se vouer, leur cri de coeur n'ayant pas encore trouvé écho là où il faut. Pendant ce temps, des responsables du COHO sont cités dans des scandales de pots de vin. Selon des sources dignes de foi, c'est 100 000 dollars, soit 60 millions de francs CFA au taux actuel, qui auraient été versés à un haut responsable du COHO par SKY PRIM en vue d'obtenir le marché de transport des pèlerins. Sans satisfaction puisque Mangal a fini par tout rafler, y compris les 1500 pèlerins attribués à Abdoul Aziz Larabou. Les soupçons de corruption portés sur des responsables du COHO ont été corroborés par le témoignage de prestataires habituels de la restauration en Arabie Saoudite. Un Saoudien et un Soudanais qui ont tenu à souligner dans une vidéo qu'ils ont donné, chacun, 50 000 riyals (environ huit millions) au Haut commissaire afin d'obtenir, chacun, la restauration la restauration de 3000 pèlerins. Ils disent par ailleurs être prêts à venir éventuellement au Niger pour témoigner contre Djibril Boukari.

Selon des sources au fait des choses au COHO, Salissou Rabiou, propriétaire de deux ou trois agences, n'aurait pas une bonne réputation.

Le débat public baigne encore dans cette ambiance délétère qui ne dit pas que l'on parle de questions liées au hadj lorsque, depuis l'Arabie Saoudite, un certain Salissou Rabiou du syndicat national des agences de pèlerinage (SYNAPEL), un des représentants des agences au comité de pilotage mis en place, cette année, a fait l'évènement en révélant une affaire de corruption à laquelle il a tenu, au nom de Dieu et de ses convictions musulmanes, à rester éloigné. C'est une somme, informe-t-il, de 20 millions qui lui a été proposée, mais il a catégoriquement refusé d'accepter. Un acte qui a valu à l'intéressé une belle publicité et la reconnaissance de nombreux musulmans, touchés par son "honnêteté". Une honnêteté mise en doute par certaines voix avisées. Selon des sources au fait des choses au COHO, Salissou Rabiou, propriétaire de deux ou trois agences, n'aurait pas une bonne réputation. Recalé par le COHO sur la liste des personnels mis en mission en Arabie Saoudite au profit de Marou Amadou dit Hama Badar, Salissou Rabiou avait d'excellentes raisons de ne pas faire de cadeau à Djibril Boukari. Mis en orbite par le Cabinet du Premier ministre, an conflit avec le COHO, l'intéressé est parti en Arabie Saoudite au titre des agences, en même temps qu'un certain Hassane Mani.

Salissou Rabiou doit toujours à Niger Airways un montant de 5 400 000 FCFA, un montant dont il faut déduire 1 250 000 FCFA qu'il a remboursés.

L'histoire racontée par Salissou Rabiou à propos de pot de vin qu'il aurait refusé peut-elle être crédible dès lors que l'on apprend un peu plus sur la nature de ses relations avec Niger Airways, la compagnie de transport crée par l'Etat ? Selon des informations dont Le Courrier a pu prendre connaissance, Salissou Rabiou doit toujours à Niger Airways un montant de 5 400 000 FCFA, un montant dont il faut déduire 1 250 000 FCFA qu'il a remboursés. Il reste encore devoir à Niger Airways la somme de 4 150 000 FCFA. De l'avis de nos sources, Salissou Rabiou a dû agir, soit par esprit de vengeance, soit parce qu'il est manipulé à partir du Cabinet du Premier ministre.

Ce sont, donc, le poulain du Premier ministre et celui du ministre de l'Intérieur et président du Pnds qui s'affrontent autour du COHO.

On aurait dit que le commissariat au hadj et à la oumra (COHO) a été créé pour servir de nid à tout ce qui est détestable dans la religion musulmane. Régulièrement cité dans des scandales, le COHO a atteint, cette année, le plafond avec une multiplicité d'affaires sombres qui touchent particulièrement le haut commissaire. Un obligé de Mohamed Bazoum, paraît-il, au point que l'intéressé nargue même le Premier ministre Brigi Rafini. Au domicile de celui-ci, il a abreuvé d'injures le directeur de Cabinet adjoint du chef du gouvernement et n'eût été l'intervention des agents de sécurité de Brigi qui se sont interposés entre les deux hommes, il allait sans doute lui porter la main. Le directeur de Cabinet n'est pas, loin s'en faut, rester sans réaction. Il a menacé, pour se défendre, de faire usage de son arme à feu si jamais le haut commissaire saute le rubicond qu'il n'a pas le droit de franchir. C'était un incident consécutif au retrait des 1500 pèlerins affectés à Niger Airlines d'Abdoulaziz Larabou, puis finalement rétrocédés à Max Air de Dahirou Mangal, représenté à Niamey par Boukary Sani dit Zilly. Ce sont, donc, le poulain du Premier ministre et celui du ministre de l'Intérieur et président du Pnds qui s'affrontent autour du COHO. Un conflit qui n'est pas sans répercussions sur l'organisation du hadj. Et, de bonne guerre, Brigi Rafini a sans doute voulu montrer à Djibril Boukari que s'il ne peut le faire partir pour indiscipline caractérisée, il peut toutefois passer par-dessus la tête pour lui montrer les limites objectives de son pouvoir et de sa couverture politique.

Alamanasik a organisé son premier vol par-dessus la tête du COHO qui n'y a pas été associé

Pour ce faire, il fallait trouver un bras armé. Il est tout trouvé. C'est l'agence Almanasik d'Abdoul Aziz Djigal, représentant officiel de SKY PRIM, candidat au transport des pèlerins au même titre que Max Air de Mangal ou Niger Airlines d'Abdoulaziz Larabou. Déboutée dans ses prétentions, Almanasik se verra plus tard proposer d'effectuer le voyage de ses pèlerins, sans passer par le COHO, habilité à demander à l'Agence nationale d'aviation civile (ANAC) de donner son autorisation. Belle revanche qui a dû remplir d'aise les responsables d'Almanasik. Sans le sauf-conduit du COHO, Alamanasik organise, donc, son premier vol, en présence du directeur de Cabinet adjoint du Premier ministre et du ministre du Tourisme représentant le chef du gouvernement. D'habitude, a-t-on appris, les vols s'effectuent sous la supervision du COHO et du ministère de l'Intérieur, tous deux tenus à l'écart sans aucune possibilité d'y opposer un veto. 270 pèlerins nigériens ont donc pu s'envoler en direction des Lieux Saints et selon des informations crédibles, il reste encore deux autres vols pour Almanasik qui traite désormais, directement, avec le Cabinet du Premier ministre dont le COHO est un service rattaché.

Laboukoye 

27 juillet 2019
Source : Le Courrier

Imprimer E-mail

Société