Niger-Etats-Unis : Ali Téra, la rançon d’une diplomatie ?

Niger-Etats-Unis : Ali Téra, la rançon d’une diplomatie ? Hier, c’était de la France que les Nigériens doutaient, l’accablant avec les amitiés complaisantes de Hollande qui laissait faire tout le mal y compris la tenue d’élections bancales. Aujourd’hui, ce sont les Etats-Unis, que les Nigériens commencent à ce douter un pays pour lequel, pourtant, l’on avait beaucoup d’estime pour son intransigeance par rapport au respect de certaines valeurs. Pourquoi se servant de l’alibi du séjour irrégulier d’un citoyen nigérien, activiste des réseaux sociaux en Amérique, sachant le traitement inhumain dont il peut faire l’objet toute chose pour laquelle elle avait été avertie, il a si imprudemment jeté dans la gueule d’un régime, un homme dont on se demande ce qu’on fait de ses droits aujourd’hui même lorsque les preuves de sa culpabilité sont établies.

Plus personne ne parle d’Ali Téra, du moins depuis quelques jours, après cette manifestation du Front Patriotique d’Ibrahim Yacoubou où l’on avait vu des pancartes portées par des manifestants, appelant à sa libération. Considéré comme un otage du régime, Ali Téra, dans la dignité de sa conduite, depuis que, par les facilitations et les complicités du gouvernement américain, il a été mis entre les mains revanchardes et rancunières du régime, vit en silence son infortune sans qu’on ait le moindre écho sur les conditions de sa détention et ce comme si nous ne devons plus être dans un état de droit. Pour quelles raisons et au nom de quel droit doit-il être interdit de visite, inaccessible pour les siens ? Pareil abus, peut-il être compris dans un état de droit ? No, because Ali is not a criminal !

Sur les réseaux sociaux, l’on avait appris que le CNDH se serait intéressé à son cas relativement à cette préoccupation ; l’informateur, laissant la primauté à cette organisation de défense des droits humains, de révéler au grand public, ce qui, on l’imagine, pourrait être l’iniquité de son incarcération. Comme on le voit, la Renaissance par l’expression de tant de rancoeur et de haines, pousse la société nigérienne à des extrémismes qui pourraient être dommageables à la quiétude sociale. Mais alors, pourquoi continue-t-il à garder silence autour de son enquête pour que les Nigériens aient plus de lumière sur les conditions de sa vie carcérale ?

Des actions souterraines…

On était loin de s’imaginer que dans le silence autour du cas Ali Marounfa, d’autres pôles sont en train de manoeuvrer pour essayer de voir clair dans le traitement qu’on lui réserve et comprendre en même temps que les principes de droit sont scrupuleusement respectés dans la procédure de son dossier sur laquelle, le gouvernement qui lui en veut, ne communique pas. Peut-être n’est-il pas obligé, mais au regard du cas, cette précaution pourrait lui éviter bien de soupçons. C’est à l’occasion de l’intervention de l’Honorable député national, Nassirou Halidou que les Nigériens devront apprendre que des initiatives ont été menées, notamment pour rencontrer l’ambassadeur des Etats-Unis au Niger qui avait alors catégoriquement refusé de rencontrer la délégation constituée pour prendre langue avec les autorités américaines au sujet de celui que leur pays a expulsé, officiellement pour séjour irrégulier au pays de l’Oncle Sam, mais officieusement, pour des raisons inavouables, car à l’antipode des convenances, de la morale, de l’éthique politique et des principes qui fondent le respect des droits humains auxquels, sous d’autres gestions, les Etats-Unis étaient plutôt très attachées pour assurer partout leur respect scrupuleux.

Révélations troublantes du député…

Par la voix du député l’on peut entendre une aversion par laquelle il vitupère contre l’inaccessibilité d’une chancellerie qui semble plus jouer sur des copinages que sur des principes sacro-saints qui régissent les relations entre Etats. Pourquoi donc, et pour quel intérêt l’ambassadeur des Etats-Unis, s’est refusé de recevoir cette délégation ? Peut-il croire que par les seules récriminations et donc par la version du régime, il peut avoir la lucidité suffisante pour mieux cerner un cas aussi complexe qui cache bien de profondeurs insoupçonnées dans les douleurs qui se vivent dans la société nigérienne ? Ou est-ce simplement parce que les Etats-Unis, ayant trouvé à travers un régime soumis à la force impériale, le partenaire corvéable et servile, pouvant lui permettre d’aliéner notre souveraineté, en ouvrant notamment l’une de ses plus grandes bases militaires et de drones au Niger, peuvent se permettre toutes les complaisances pour ne plus considérer ses tares et ses abus même lorsqu’ils jurent d’avec ce que le pays d’Obama, dans la tradition de ses engagements à travers le monde, défend officiellement.

Faut-il donc croire qu’en faisant ce plaisir au régime de Mahamadou Issoufou, les Etats-Unis paient le prix du laxisme de Niamey à abandonner une part de sa souveraineté et lui permettre d’occuper tant d’espace, mettant en péril notre territorialité, notre pouvoir de contrôle sur notre espace ?

Les Nigériens ne comprennent pas cette attitude comme en d’autres temps, ils ne comprenaient pas les indulgences d’un Hollande à l’égard d’un régime qui règne par la terreur, foulant au pied les règles élémentaires de la démocratie, notamment des libertés collectives et individuelles sérieusement mises à rude épreuve. Et depuis, les Nigériens doutent de cette nouvelle Amérique de Trump tout en se demandant si un autre colon n’est pas de retour dans le pays. En se fermant à une opposition, pour un sujet aussi grave, l’on peut croire que l’Amérique et son ambassadeur ont fait leur choix, adoptant ainsi, mais trahissant les règles de neutralité qu’impose leur rôle, une attitude partisane potentiellement dangereuse dans ce Niger fragile.

Il est dangereux autant que scandaleux que les Etats-Unis, faisant fi de la profondeur des malaises nigériens, ait pu montrer par une telle maladresse qu’ils n’ont aucun souci pour la quiétude d’un pays qui rumine depuis des années des douleurs profondes.

L’attaque d’avant-hier de la prison de haute sécurité de Koutakalé où Ali Tera serait détenu, avait donné des sueurs froides à ses fans et à tous les défenseurs des droits humains. L’on sait que si l’on avait attiré l’attention des Etats-Unis, c’est que des gens avaient des raisons de craindre pour sa vie. Le pire, on l’imagine pourrait arriver et sans être l’instigateur, que des adversaires cyniques pourraient se réjouir d’une épine de moins dans leur pied. Bon débarras, pouvaientils souffler ! Et dans le crime, l’Amérique, sera aussi comptable, elle qui n’a jamais voulu entendre les raisons qui sous-tendent les inquiétudes toute légitimes que l’on lui exprimait. Et les Nigériens commencent à douter de cette Amérique et développent un certain sentiment antiaméricain pour un pays qui ne sait plus défendre la vérité, faisant le seul choix de ses intérêts.

Gobandy

26 mai 2019
Publié le 13 mai
Source : Le Monde d’Aujourd’hui

Imprimer E-mail

Société