Bazoum : de la faute à l'aveu et à la repentance

 Bazoum : de la faute à l'aveu et à la repentanceLe Niger est un pays de l'anormalité légalisée. Comment ne pas le dire quand la Renaissance a pu trouver le moyen de jongler à chaque fois pour surmonter les difficultés des textes pour gérer des situations à sa convenance. Lorsque les textes obligent à organiser des élections partielles, elle rentre dans son usine de fabrique de lois, pour écrire des textes qui la dispensent de l'application de textes antérieurs qui s'imposent pourtant à elle. Alors que les textes demandent une majorité de députés pour démettre un président d'assemblée, trahissant la loi, elle se sert d'un bureau incomplet pour arriver à ses fins. La loi, finalement n'est qu'un moyen pour harceler, brimer des adversaires. Pour ainsi dire, la loi, très souvent ne s'applique qu'aux ?non-alignés?, à tous ces Nigériens de seconde zone, libres penseurs et bavards souvent, et très critiques à l'endroit du régime. Ceux qui gouvernent, bénéficient de l'impunité de leur système et peuvent se permettre tous les abus et toutes les dérives sans rien craindre, rassurés d'une protection politique qui les élève au rang de super-nigériens. Combien sont-ils, ceux qui, coupables de détournements, d'actes pénalement répréhensibles, ou en trafiquant de la drogue ou des armes, ou même en contrariant des décisions de justice, n'ont jamais été inquiétés, perpétuant des actes libertins dans la gouvernance comme si pour ceux-là, " diriger " se réduit caricaturalement à " profiter " des rentes et des faveurs de l'Etat providence. Et ils ont bien profité, fondant une oligarchie déroutante : les mères, les pères, les fils, les filles, les frères, les cousines et leurs maris, les beaux-fils, toutes les familles de la gent socialiste de haut rang sont servies, au détriment de l'égalité qui fonde la république, de la compétence et de la rigueur qui sous-tendent l'éthique politique.

Il y a quelques jours, Bazoum Mohamed, ministre de l'Intérieur partait pour ses vacances annuelles, après un détour dans la région de Tahoua avec le Boss qui le parrainait. Il fallait qu'un autre dont il pourrait douter le rassurât de son soutien indéfectible surtout que de grands bruits qui ont couru annoncent le soldat étoilé comme probable successeur à Issoufou et ce selon les clauses secrètes d'un deal qui lierait les deux hommes. Il faut rappeler que c'est le chef de la transition militaire de 2010-2011 qui avait facilité, sinon manigancé l'accession des socialistes au pouvoir qui, pourraient pour cela, lui devoir quelque gratitude. Malgré tout, Bazoum veut toujours croire à son étoile. Aussi, ces congés, ne furent d'aucun repos pour le candidat du PNDS. Il mit à profit ses moments de repos pour parcourir la région, mobilisant des foules pour faire croire que sa candidature serait bien méritée et que dans la région où on le croit si peu populaire, il ne manquerait pas d'assise. Sans doute que cette démonstration est plus faite pour rassurer ceux qui, dans son parti, ne sont pas rassurés par sa candidature car cette candidature a provoqué une onde de choc dans le parti, avec des partisans et des adversaires redoutables qui n'ont certes pas dit encore leur dernier mot ; toute chose qui annonce de grands orages dans le parti les mois prochains. Mais la question que l'on se pose partout est des avoir jusqu'où ira le candidat Bazoum dans son aventure quand on sait les obstacles innombrables qui se dressent sur son chemin. Ira-t-il jusqu'au bout contre vents et marées ? Des jours épiques en perspective…

Bazoum a donc fait son grand show dans la région de Zinder où, même avec de " nombreux moyens " il ne peut damer le pion à des leaders qui y ont leur ancrage jamais démenti dans la circonscription. Et le jour où, il croisera le fer avec d'autres leaders dans la région, il comprendra enfin qu'une foule n'est pas forcément un électorat surtout quand celle-ci est mobilisée au moyen d'argent qui reste l'arme peu fiable sur laquelle comptent les socialistes.

Candidat en campagne avant l'heure…

Bazoum est un candidat angoissé et qui, taraudé par ses appréhensions pour sa candidature que d'aucun dit encore incertaine, est devenu depuis des semaines très agité et pressé, espérant que c'est en allant avant les autres sur le terrain, que l'on peut s'y faire une côte oublieux de ce que " l'on ne dresse pas un chien le jour de la battue ". Peutil se rappeler de ses manières méprisantes de s'adresser à un autre, notamment à un adversaire, et même à un pauvre enseignant contractuel pour lequel, il peut manquer d'égard ? En politique, le soin que l'on apporte à sa parole est importante. Mais la faute de Bazoum, le président du PNDS n'est pas seulement d'être allé en campagne avant les autres, du moins avant l'heure. Alors qu'on le lui reproche, il n'a de réponse que de dire que c'est normal car il ne peut voir comment l'on pourrait interdire à un chef de parti de prendre contact avec ses militants. On en est d'autant plus surpris que pendant les neuf ans qu'il est président du parti, c'est seulement à quelques mois des élections qu'il se propose d'aller voir certains militants, notamment de Loga, où confesse-t-il, il ne connait pas les militants, s'étonnant qu'on lui reproche d'aller vers eux pour se faire connaitre. Il faut imaginer que tous les acteurs politiques, prenant exemple sur ce qu'il a entrepris, décident aussi d'aller à l'assaut des militants, le désordre que cela pourrait entrainer. Mais sans doute qu'il a raison de se comporter ainsi quand, après sa désignation comme candidat, il reste toujours le ministre chargé des élections qui reste quand même l'autorité qui pourrait appeler à l'ordre les acteurs chaque fois qu'ils déraillent. On comprend qu'il ne puisse pas voir ses dérives et qu'il ne puisse pas être capable de s'appeler à l'ordre. On a le pouvoir, on fait comme veut, peuton le soupçonner. On ne peut qu'être indigné que le ministre de l'Intérieur trouve absolument normal qu'il batte campagne avant l'heure, arguant même que rien ne lui en interdit, dans le mépris de dispositions connues de nos textes et notamment de la charte des partis politiques. Le président du PNDS, peut-il ignorer les textes qui régissent le fonctionnement des partis politiques ? Il est dommage que les décideurs, comme pour contredire le président de la République dans Jeune Afrique, ne sachent pas donner l'exemple, le bon exemple alors même que le devoir le leur incombe. Il est clair que si tout le monde devrait partir, ce sera la chienlit sur un espace où personne ne pourra plus respecter les textes. Peut-être faut-il comprendre que certains autres, notamment de l'opposition, écoeurés par un tel comportement, aient décidé de lui emboiter le pas en allant dans d'autres parties du Niger pour rencontrer leurs militants. C'est un présage de désordre pour les prochaines élections et il y a de quoi s'en inquiéter.

Pire, ces longues promenades, Bazoum, bien qu'étant en congé, et donc dans une activité privée, ne relevant donc plus de ses fonctions de ministre de la République mais de chef de parti, pour aller à la rencontre de ses militants transportés, comme d'habitude, à coups de camions, au su et au vu de tous, mobilisent les médias publics et tous les moyens de l'Etat à sa disposition - agents de sécurité abusivement utilisés, moyens roulants entre autres - pour mener ses missions politiques confondant en lui, le leader politique et le ministre de la République. Là également, lorsqu'on lui reproche de s'être servi des moyens de l'Etat pour aller en précampagne, sa réponse est des plus saugrenues. D'abord il fait maladroitement observer que c'est parce qu'il voit d'autres le faire qu'il s'est aussi permis la bévue. Peut-il comprendre qu'il n'est pas justement normal de laisser faire de telles pratiques qui tranchent avec les principes édictés par les textes ? Faut-il faire ce qui n'est pas bien parce qu'un autre l'aura fait ? Est-il possible de civiliser la démocratie avec de tels comportements qui frisent le je-m'en-foutisme dans le comportement des acteurs politiques, surtout qu'en l'espèce, celui qui doit veiller à l'appliquer des textes se donne aussi le plaisir malingre de les violer ? Une telle manière de considérer les choses peutelle être responsable pour un leader politique qui aspire à la fonction suprême ?

Mais, Bazoum Mohamed pris en flagrant délit d'utilisation illégale des moyens de l'Etat dans une activité politique personnelle, ne pouvant se dérober, reconnait sa faute et promet qu'à " la prochaine fois ", il n'ira plus avec les moyens de l'Etat. Cela, vautil une excuse ? Reconnaitre sa faute, peut-il l'en exonérer de représailles ? Comme on le voit, après les cas révélés par le SAMAN, voici ce super ministre de l'Intérieur qui se fait encore prendre dans une violation grave des textes. Peut-être que là encore, les textes ne peuvent plus être appliqués contre un " intouchable ". Mais qui payera à la justice s'il suffisait de reconnaitre sa faute pour en être pardonné ?

Sous la Renaissance, l'on se demande pourquoi les textes existent. Est-ce seulement pour traquer des hommes qui gênent ? Ceux qui doutent peuvent désormais reconnaitre que la justice au Niger est à double vitesse, complaisante à l'endroit des régnants, rigoureuse et même injuste souvent à l'endroit des citoyens car comment comprendre qu'une justice ne soit pas capable de faire rendre gorge à ces nombreux délinquants à col blanc qui infestent le Guriland et à des trafiquants de drogues et leurs complices notoirement connus et dont le business salit l'image d'un pays.
La repentance n'expie pas la faute !

ISAK.

08 septembre 2019
Publié le 29 août 2019
Source : Le Nouveau Républicain

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