La maison Jamhuriya d’Albadé Abouba, prend-elle feu ?

La maison Jamhuriya d’Albadé Abouba, prend-elle feu ?La maison Jamhuriya d’Albadé Abouba, prend-elle feu ? Des secousses l’agitent depuis peu, gravement destructrices. Depuis la fin des dernières élections le parti d’Albadé Abouba est traversé par des courants antagoniques qui viennent essentiellement des régions de Niamey et de Tillabéri. Comme pour taire la crise, le régime, en jouant à une opération de grande salubrité publique, avait récupéré les militants en conflit avec le président du parti, ceux qui, de ces régions étaient tombés en disgrâce dans le parti, en les promouvant sans l’aval du directoire du parti, peut-on l’imaginer. Ainsi l’ancien président de l’Assemblée nationale, MM. Amadou Salifou et Wassalké Boukari s’étaient retrouvés sous la protection de la présidence qui en fait des conseillers de la République grassement engraissés aux frais de la princesse à ne rien faire presque, comme pour narguer son allié qui aura pourtant sauvé le régime d’une débâcle politique historique de laquelle il n’aurait jamais pu se relever. Mais comme à la Renaissance, l’intrigue et l’ingratitude sont le code d’honneur, nombre d’observateurs pensent que c’est de l’intérieur du pouvoir même que des mains défaitistes tentent de déstabiliser le parti du ministre de l’agriculture et de l’élevage que la presse a qualifié dans une de ses parutions de la semaine dernière, « d’allié encombrant ». Et l’on se demande comment cela a pu arriver à Albadé Abouba, le sauveur d’une époque que l’on sait pourtant dans les bonnes grâces du régime il n’y a pas si longtemps ? Sauf que si cela lui arrive, il ne peut être seul à se plaindre de son infortune : il y a le grand martyr des complots des socialistes, le sieur Abdou Labo depuis longtemps terré dans des silences mortifères et dans ses remords où l’ont poussé ses naïvetés, il y a Ibrahim Yacouba, un revenant politique des tremblements de terre politique du Guriland. Ceux-là ne sont pas seuls aussi. Il y en a d’autres qui gravitent encore autour du système, défendant dans l’angoisse et la veulerie leur pain dérisoire qui pèse peu contre une dignité reniée. Parmi ceux qui, pour avoir opté avant la migration vers l’eldorado gurilandais pour la politique de la terre brûlée, ne laissant rien en guise de garantie et de précaution pour la postérité, restent encore à soutenir malgré eux, il y en a qui sont ravagés par le dégoût qu’ils éprouvent face à la Renaissance dans le regret de leurs alliance alimentaire, tristement opportuniste. Mais ils se sont vendus et ne peuvent pas se rétracter.

Si, en mal de légitimité dans sa région, Wassalké ne peut pousser plus loin sa rébellion, condamné à se taire pour manger tranquillement au près du prince, les leaders du parti de la région de Niamey, eux, ne l’entendent pas de cette oreille et veulent se battre, peut-être ainsi que le soupçonne Albadé lui-même, poussés de quelque part – suivez mon regard – pour déstabiliser son parti et faire mal au président du parti dont on se demande encore pourquoi l’on tient tant à lui faire ce mal. Et l’on peut spéculer sur trois raisons. La première c’est de croire que depuis que la soeur jumelle – le MNSD Nassaradont il s’était séparé pour faire plaisir au PNDS – est rentrée dans le royaume des roses, la rivalité s’est accentuée, se jalousant de posséder plus un « mari » inconstant. Dans cette optique, peut-être que des faveurs faites à la nouvelle dulcinée qu’Albadé pourrait regarder plutôt comme une gourgandine errante et encombrante, gêne pour les percevoir comme le signe d’une ingratitude de la part de ceux que son activisme à déchirer le MNSD avait sauvés d’une chute certaine. On peut donc penser que depuis que le MNSD est là, Jamhuriya n’est plus la « cavalière » choyée et il a vu ses privilèges se réduire drastiquement.

La deuxième raison est qu’agacé par le nouveau traitement qui serait le sien, et surtout pour avoir promu sans son consentement des hommes qui marchent en travers du parti, Albadé pourrait avoir exprimé à son partenaire son mécontentement pour une attitude aussi déloyale qu’aucune ingérence extérieure ne peut tolérer. Les relations avec les Renaissants pourraient alors se dégrader à partir de ces observations somme toute légitimes si tant est que les socialistes tiennent à avoir des relations courtoises et respectueuses avec leurs alliés. Mais l’on sait que cela n’a jamais été la préoccupation des Tarrayistes, imbus de leur personne pour croire qu’ils ont l’intelligence et la force de tout détruire, de tout casser, de tout renverser. Ils l’ont fait à Omar Hamidou Tchana dit Landa Tchana, ils l’ont au Moden Fa Lumana de Hama Amadou, ils l’ont fait au MPN Kishin Kassa d’Ibrahim Yacouba, ils l’ont fait à la CDS de Mamane Ousmane. Ils l’ont fait partout parce qu’ils voulaient être les puissants de la terre, pardon de l’échiquier politique nigérien, les seuls coqs qui chantent dans la basse-cour.

La troisième est peut-être le fait que ces hommes en transe pour arracher le parti à son président sont dans la logique d’un positionnement pour arracher, à défaut de lui reprendre le parti – ce qui est du reste difficile – une part importante de son électorat pour le convoyer vers un autre – SalouDjibo – dont on dit qu’il marche sur les plates bandes d’Issoufou, et sur la pointe des pieds en connivence avec le président sortant qui devrait l’assurer de son soutien. L’on sait que pour être proche de Tandja même s’il n’est plus dans son parti, l’on peut croire qu’il ne peut que difficilement soutenir le tombeur de son père spirituel.

Désormais, face à Albadé, ce sont les leaders de Niamey qui sont les porte-flambeaux de la nouvelle rébellion qui fait rage dans le parti. Et dès lors l’on se demande sur qui et sur quoi comptent-ils pour dépenser inutilement leurs énergie et leurs moyens – si ce n’est d’un autre qui les manipule – pour vouloir affronter le président du parti et saccager le MPR Jamhuriya ?

Le réveil ?

La crise se tasse dans le parti. Alors que l’on pensait qu’ayant pris acte du fait qu’ils ne sont plus aimés à Jamhuriya pour n’avoir pas convaincu aux dernières élections, et de ce que le parti les excluait gentiment pour six mois sans doute pas pour qu’ils s’assagissent mais pour comprendre qu’ils ne sont plus les bienvenus dans le parti, les voilà qui ressurgissent à la surprise générale avec une déclaration dont la teneur a fait sourire plus d’un. Comment, raisonnablement, des exclus peuvent-ils retirer leur soutien à un président-fondateur légitime ? De quelle légitimité se targuent-ils pour vouloir appeler les autres structures régionales du parti à leur emboiter le pays pour la même aventure, pour demander à retirer, comme eux viennent de le faire, leur confiance à AlbadéAbouba ? Pourquoi recherchent- ils un repositionnement impossible dans un parti qui les a bannis ? Leur reste-t-il d’ailleurs un peu d’orgueil pour ne pas vouloir, coûte que coûte, s’incruster dans un parti qui les rejette ? Et l’on est obligé de croire à du déjà vu, un remake qui rappelle un peu les scénarii dans lesquels d’autres partis politiques, avaient connu des turbulences qu’on instrumentalisait en leur sein. Peuvent-ils d’ailleurs être seuls dans cette aventure ? D’autres ne sont-ils pas en embuscade ? Il n’y avait qu’à entendre ces mots discourtois qu’ils avaient eus à l’endroit du président du parti, toute chose qui montre bien que les choses sont gâtées dans le parti et la situation est irréversible étant entendu qu’avec les rancoeurs qu’on pouvait entendre, ces hommes ne peuvent plus marcher ensemble, dans le même parti. Mais alors, peuvent- ils arracher à Albadé son parti ? Il faut être pragmatique.

Du berger à la bergère…

Albadé n’a pas attendu longtemps pour répondre à ceux qu’il qualifie n’énergumènes. Ça y est, le coin est gâté, dira un autre. Comment d’ailleurs ne pas lire chez le président du parti une colère débordante, ne pouvant comprendre et tolérer l’affront de ceux qui lui doivent, faut-il s’en souvenir, leur ascension récente pour avoir occupé, pour l’un, le poste « juteux » de président de l’Assemblée nationale auquel rien ne le prédispose intellectuellement parlant en ce millénaire commençant, et pour l’autre, le commandement de la région de Niamey où il n’a laissé aux populations que de mauvais souvenirs de ses brutalités et de ses pleurs historiques, s’invitant avec un zèle inouï et une arrogance incomparable, au démolissage de milliers de boutiques et de commerces à travers la ville, heureux de son exploit, face à la détresse de ses victimes.

Et Albadé a été on ne plus tranchant, ne laissant aucune ambiguïté par rapport à sa position de président de parti que rien ne peut remettre en cause, que personne ne peut lui arracher, en tout cas pas des « énergumènes » fit-il entendre et par rapport au fait qu’exclus, leur situation est irréversible pour finalement craindre pour eux – les énergumènes – l’exclusion définitive en extirpant la gangrène cancérigène du parti.

La main invisible…

Tous les analystes s’accordent à reconnaitre que ceux qui s’agitent aujourd’hui ne le font pas seuls. Ils doivent avoir un soutien de taille pour oser cette rébellion et pour un agenda dont ils sont seuls aussi à connaitre les secrets et les desseins. Pourquoi d’ailleurs à cet âge aime-t-on faire la bagarre ? Est-ce aussi la renaissance culturelle ? Amadou Salifoua mieux à faire que de se bouffer le nez dans cette histoire qui ne peut le grandir surtout quand on peut imaginer que c’est un autre qui le manipule, l’instrumentalise parce que lui tiendrait seulement à avoir l’assurance d’un poste juteux. Il y a des moments où dans une vie, il faut savoir tirer des bilans et des leçons pour partir avec élégance, dans l’honneur et la grandeur. Encore une fois, Amadou Salifou n’a que deux choix : créer son parti, mais avec qui, ou partir dans un autre parti et cela ne doit pas être un choix difficile pour lui. Cependant, il doit comprendre qu’il n’a aucune raison de rester au Jamahuriya. Aussi, doit-il coller la paix à Albadé Abouba qui avait bataillé pour avoir son MPR. On ne fait pas de bagarre avec ce qui n’est pas vrai, enseigne un adage du terroir.

Albadé Abouba lui-même n’exclut pas cette main extérieure malveillante qui tente de saborder son parti. Implicitement, il accuse un autre et on aura compris les colères et l’indignation qu’une telle attitude provoque chez lui. Le PNDS est soupçonné comme dans le parti de Hama Amadou où l’on voit son ombre sur certains espaces. Et déjà ça fait des victimes là… Ça risque de barder à la MRN les prochains jours…

ISAK.

26 juillet 2019
Source :  Le Nouveau Républicain

Imprimer E-mail

Politique