Dégradation continue de la situation sociopolitique nationale : Le gouvernement jette de l’huile sur le feu

 Dégradation continue de la situation sociopolitique nationale : Le gouvernement jette de l’huile sur le feuAlors qu’il est sévèrement critiqué par une opinion nationale de plus en plus révoltée par ces hécatombes au sein de l’armée du fait de sa légèreté, le gouvernement cherche des faux-fuyants en essayant de se trouver des boucs émissaires. La victime est toute trouvée. C’est Hama Amadou, cet opposant politique que les complots successifs n’ont pas suffi à anéantir et qui semble reprendre du poil de la bête. Présent récemment en Turquie à l’invitation des militants de son parti résidant dans ce pays, Hama Amadou a indiqué que le gouvernement envoie délibérément à la mort une certaine catégorie de militaires nigériens. Et pour ne point laisser de doute sur sa responsabilité, il précise qu’il le dit à haute et intelligible voix. Ce propos a suffi pour enflammer l’ardeur des maîtres de Niamey qui désespéraient de trouver une affaire pour détourner l’attention des Nigériens sur leurs préoccupations du moment. Ils ont donc vite fait de créer une affaire dans l’affaire, accusant le chef de file de l’opinion, sans toutefois le nommer, de propos diffamatoires et attentatoires au moral des troupes en tant de guerre. Griefs sur la base desquels le ministre de la Défense nationale a souligné saisir le procureur de la République pour plainte contre Hama Amadou. L’annonce et la publication de ce communiqué alambiqué qui fait apparaître le ridicule des autorités de Niamey a fait enflammer les réseaux sociaux. Les partisans du régime enfoncent le clou pour vilipender cet opposant politique qui les empêche de dormir tranquilles tandis que les partis de Hama Amadou et nombre d’observateurs dénoncent une cabale non justifiée. Le climat sociopolitique se détériore et le gouvernement semble s’exercer à jeter de l’huile sur le feu.

Le Président Issoufou et son ministre de la Défense, Kalla Moutari, ne peuvent ni prétendre ignorer la dialectique terrorisme-trafic de drogue, ni omettre qu’un gramme de drogue sur lequel ils ferment les yeux peut coûter la vie d’un soldat ou d’un civil nigérien.

De fait, Niamey a fait preuve de légèreté dans la gestion du terrorisme et son pendant financier, le trafic de drogue. Incapables de s’en prendre aux trafiquants de drogue qui squattent les couloirs de la présidence de la République, du Cabinet du Premier ministre et du président de l’Assemblée nationale, les autorités nigériennes prétendent pourtant être engagées dans une lutte implacable contre le terrorisme. Or, souligne Mohamed Bazoum, ce terrorisme, ainsi que le banditisme transfrontalier, sont financés par l’argent tiré du trafic de drogue. Niamey joue ainsi à un jeu trouble. Ceux qui financent le terrorisme et le banditisme transfrontalier sont des amis et alliés politiques, conseillers dans les institutions de la République, par conséquent au coeur du renseignement stratégique portant sur la vie de l’Etat. Sidi Lamine, Mohamed Sidi Mohamed alias Hamada, bras droit du parrain de la drogue au Sahel, Koreini Ali, Oumarou Roua et consorts se livrent tranquillement à leurs activités criminelles, sous la confortable couverture de l’Etat. Le Président Issoufou et son ministre de la Défense, Kalla Moutari, ne peuvent ni prétendre ignorer la dialectique terrorisme-trafic de drogue ni ne pas comprendre qu’un gramme de drogue sur lequel ils ferment les yeux peut coûter la vie d’un soldat ou d’un civil nigérien.

Pourtant, ils n’ont jamais pris les mesures qu’il faut pour couper aux terroristes la source principale de leur financement et de leur armement. A Niamey, en avril 2018, c’est un entrepôt de plusieurs tonnes de drogue qui a été démantelé par la police, après échange de coups de feu. Mais d’arrestations, point. Le ministre de l’Intérieur, Mohamed Bazoum, flanqué du procureur de la République, s’est empressé, contre toute attente, de faire incinérer les tonnes de résines de cannabis saisies.

La légèreté du gouvernement dans la gestion du terrorisme est notoire.

La connexion entre le trafic de drogue et le terrorisme étant indéniables, il reste à Niamey de justifier la présence, au coeur des institutions de la République, de trafiquants de drogue. Les tâtonnements, les kamékamé face aux attaques et agressions des terroristes, le laisser-aller accordé aux parrains de la drogue et à leurs dealers, ont fini par convaincre une grande frange de l’opinion nationale que les autorités nigériennes ont des explications à donner aux Nigériens. Le propos tenu par Hama Amadou est en réalité ce qui se dit un peu partout au Niger. La légèreté du gouvernement dans la gestion du terrorisme est notoire. Chef suprême des armées, c’est par un simple communiqué, publié le 15 mai 2019, que le Président Issoufou a exprimé sa compassion avant de se décider, sous les critiques nourries des Nigériens, à partir, le 16, au chevet des blessés, à l’hôpital de référence de Niamey. Quant au ministre de la Défense, parti dans la même logique à Mangaïzé le 16 mai, il a tenu des propos qui ont davantage jeté le trouble sur la responsabilité du gouvernement sur ces massacres de l’armée nigérienne. Une armée qui dispose d’appareils volants mais qui n’a pas la possibilité de les utiliser dans la guerre contre le terrorisme.

Par delà la diffamation et l’atteinte au moral des troupes, Maman Abou a révélé des secrets de défense.

Sous le titre « ministère de la Défense – Pourquoi tant de laxisme et négligence au sein de l’armée de l’air ? », Maman Abou a tiré la sonnette d’alarme par rapport à la situation inadmissible de l’armée de l’air. Il informe ainsi que « si on n’y prend garde, l’armée nigérienne risque de ne plus disposer d’avion pour accomplir sa mission régalienne ». Et d’ajouter : « En effet, trois hélicoptères sont garés en attente de réparation depuis belle lurette. L’état de ces appareils nécessite une intervention en Russie pour leur remise en état opérationnel. Mais, malgré la demande incessante, les autorités de tutelle feignent de ne pas en faire une priorité, malgré les défis du moment ». […] « L’armée nigérienne se trouve présentement privée de cinq appareils volants du seul fait de la négligence de l’autorité compétente ». Une accusation plus claire, plus directe et plus grave que le propos sibyllin du chef de file de l’opposition. Et pourtant, l’on n’a noté aucune plainte contre Maman Abou qui, par delà la diffamation et l’atteinte au moral des troupes, peut être poursuivi d’avoir révélé des secrets de défense. Le 19 mai 2019, vers 13 heures, le Courrier a tenté, à plusieurs reprises d’avoir le ministre de la Défense au téléphone afin de répondre à ces graves interrogations de ses compatriotes, mais en vain. Silence radio !

L’Etat nigérien serait-il pris en otage par les narcotrafiquants ?

Tout semble aller à vau-l’eau. D’une part, les autorités publiques donnent l’impression d’être désemparées, sans solutions face aux défis auxquels le Niger est confronté ; d’autre part, les citoyens affichent un ras-le-bol qui frise la révolte. Au centre de cette chienlit générale, la question du trafic de drogue et du terrorisme dont les ténors et parrains disposent manifestement d’un sauf-conduit pour se livrer tranquillement à leurs activités criminelles tandis que des centaines de soldats nigériens tombent régulièrement sous les balles des terroristes, achetées avec l’argent de la drogue. C’est une véritable quadrature du cercle. Des trafiquants de drogue, il y en a à la direction générale de la sécurité d’Etat (DGSE), pilotée par le général de gendarmerie Chekou Koré, dans les murs de la présidence de la République, du Cabinet du Premier ministre et du président de l’Assemblée nationale. Des trafiquants de drogue notoirement connus et épinglés dans des affaires, mais qui gardent leur statut de conseillers aux plus hautes autorités nigériennes. L’Etat nigérien serait-il pris en otage par les narcotrafiquants ? La découverte et le démantèlement, en juin 2018, d’un entrepôt contenant plusieurs tonnes de résines de cannabis, à Niamey, a fini par convaincre les plus sceptiques sur la gravité du fléau qui gangrène le pouvoir de Niamey. Des tonnes de cannabis brûlés aussitôt que saisies, comme si les initiateurs (le ministre de l’Intérieur et le procureur de la République) cherchaient à faire disparaître les preuves de la compromission.

« C’est l’argent tiré du trafic de drogue qui finance le terrorisme et le banditisme transfrontalier », dixit Mohamed Bazoum

Dans un entretien accordé au journal gouvernemental, Saheldimanche, Mohamed Bazoum a clairement affirmé que c’est l’argent tiré du trafic de drogue qui finance et entretient le terrorisme et le banditisme transfrontalier. Une vérité reprise par le directeur de l’Octris [Ndlr : Office central de répression du trafic illicite des stupéfiants] qui a confirmé que « la relation entre le trafic de drogue et le terrorisme est plus que jamais établie. […] « Dans beaucoup de cas, souligne-t-il, les cartels de drogue actifs dans les pays du sahel payent des droits de passage aux groupes terroristes dans les zones contrôlées par ces derniers ou qui sont sous leur influence ». Pourtant, les trafiquants de drogue et individus ayant manifestement des atomes crochus avec les terroristes continuent de faire la pluie et le beau temps à Niamey. Oumarou Roua, un conseiller du Premier ministre Brigi Rafini, a «disparu» depuis le 11 avril 2019. Ce lugubre individu a disparu dans la région de Tongo-Tongo où il s’est rendu, en compagnie d’un chargé de mission de la Haute autorité à la consolidation de la paix dirigée par le général Abou Tarka, pour rencontrer un émissaire du groupe Etat islamique au grand sahara (EIGS), ce même groupe qui a revendiqué le massacre, le 14 mai 2019, d’une trentaine de soldats nigériens, dont le lieutenant Hassane Djibrilla. Or, Oumarou Roua est un proche parent de Gandou Zakara et partisan politique de Mohamed Bazoum. Est-ce ces connexions dangereuses qui expliquent cette belle assurance des autorités nigériennes ? Ministre de l’Intérieur, Mohamed Bazoum a déclaré sur TV5 ceci : « Nous avons une forme de gouvernance qui nous met à l’abri des risques de ce genrelà. Je ne vois pas comment il peut être possible que ce qui se passe au Mali et au Burkina Faso puissent nous atteindre et qu’il peut y avoir des risques de conflits intercommunautaires ». Quelle gouvernance ?

Le Niger va à vau-l’eau sous les bottes de Mahamadou Issoufou

La gouvernance de Mahamadou Issoufou n’est pas gangrenée que par le trafic de drogue, source de financement du terrorisme et du banditisme transfrontalier. La cohésion sociale et l’unité nationale sont également mises à rude épreuve, suscitant la résurgence des démons de la division et de la discorde. Sur fond de rupture totale d’égalité des Nigériens devant la loi, des hommes peuvent ouvertement s’attaquer aux fondements de l’unité nationale sans craindre d’être poursuivis tandis que d’autres, pour la moindre allusion se voient embastillés et jetés en prison. Le pouvoir de Niamey ne se gêne pas de cette injustice flagrante qui fait germer la révolte. Car les plus grands pyromanes se recrutent curieusement au sein du pouvoir et à des sommets inimaginables. Ministre de l’Intérieur et candidat à l’élection présidentielle, Mohamed Bazoum a déclaré à Jeune Afrique qu’il y a au sein de l’armée nigérienne des officiers ethnicistes avant de prétendre que ses propos ont été déformés par la journaliste avec qui il a eu un entretien dans le hall de son hôtel. Sanoussi Jackou est un conseiller avec rang de ministre du président de la République. Il a propagé, par voie de presse, des propos que le Conseil supérieur de la communication (Csc) a qualifiés d’attentatoires à la cohésion sociale et à l’unité nationale. Brièvement interpellé sous la pression des protestations et des dénonciations populaires, Jackou sera laissé libre de vaquer à ses occupations. Il fera des émules. D’autres, sans doute rassurés sur l’impunité dont jouissent les partisans du pouvoir, s’y sont donné à coeur joie. Récemment, c’est un certain Ahamok Mohamed qui s’est répandu sur les réseaux sociaux pour proférer des menaces de partition du Niger si jamais Mohamed Bazoum est recalé par l’article 47 de la Constitution. Cet article précise en son alinéa 3 que seuls peuvent prétendre à la magistrature suprême les Nigériens de nationalité d’origine.

Laboukoye

26 mai 2019
Source : Le Courrier

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