Lettre au “président de la République ”Monsieur le “Président”, Je crois que vous avez déjà pris la mesure de l’échec du processus électoral

ddd L’analyse que j’ai faite, sur la base d’informations crédibles, est que le Niger s’achemine probablement vers blocage du processus électoral. Le comité ad ’hoc mis en place ne trouvera pas de consensus satisfaisant pour des élections crédibles. Certains sont là pour défendre un jeu électoral dont les règles favorisent à l’avance une victoire du camp présidentiel ; d’autres sont là pour obtenir des règles de jeu consensuelles à même de garantir la tenue d’élections acceptées de tous. Je crains fort que ceux qui sont dans le premier camp ne soient pas plus probes dans leur dessein que ceux qui avancent, masqués. Je vais être explicite. Ma crainte, c’est de me réveiller un jour et de constater que ceux qui prétendent se battre pour un processus électoral crédible, sur la base d’un code électoral consensuel, ne le font que dans le dessein d’aggraver le retard du processus électoral. Car, davantage de retard risque de compromettre carrément la tenue à date des élections. À qui profite une telle situation ? Je n’ai pas de réponse personnelle à cette question et préfère être un allié du temps. Car, tout finit par se savoir. Monsieur le ‘’Président’’

J’ai compris ce qui vous tenait à cœur et c’est bien dommage pour le Niger. Je ne suis pas le seul. Bon nombre d’observateurs expliquent que tout ce qui vous tenait à cœur, c’était d’économiser de l’argent et vous avez choisi de le faire sur les secteurs sociaux de base. Et non sur le train de vie de l’État, les dépenses de prestige et la réduction de la taille du gouvernement. Telle est la lecture obligée de vos actes de gouvernance. Pire, en fin d’année, vous avez fait passer un budget qui réduisait encore plus les provisions budgétaires de l’éducation de la santé, de l’hydraulique et de l’agriculture. Malgré la pression populaire, vous avez refusé, obstinément, de réduire les dépenses de prestige, la taille du gouvernement et le train de vie de l’État. Personnellement, je pense que votre gou vernement a régulièrement cherché la place de dernier dans le classement de l’IDH. Aïchatou Boulama l’a dit avec fermeté : vous n’avez rien fait depuis sept ans pour améliorer l’IDH et l’école reste votre problème.

Je pense que cette sentence, d’une femme qui sait de quoi elle parle puisqu’elle est tout de même ministre du Plan et responsable du Programme de développement économique et social (Pdes), met ainsi un terme à la polémique. Cependant, permettez que je vous parle encore de deux sujets, à savoir, d’une part, l’école qui est en train de vivre ses heures les plus sombres sous votre gouvernance ; d’autre part, l’impératif d’une réduction du train de vie de l’État et de la taille du gouvernement.

Monsieur le ‘’Président’’, À propos de l’école, les mesures que vous avez fait appliquer jusqu’ici sont de l’ordre du pilotage à vue et du cafouillage, toutes choses qui tiennent de l’incohérence et de la pagaille. Alors que vous avez fait renvoyer des milliers d’enseignants, vous créez, sous prétexte de transfert de compétences et de ressources aux collectivités, 90 nouvelles inspections primaires. Pour superviser une école démantelée en milieu rural ? La recherche ou la restauration de la qualité des enseignements ne se décrète pas, elle se construit, dans un cadre systémique et selon une dynamique de consultation et de concertation qui n’exclut aucun des acteurs de l’école. Or, vous avez pensé à la place de tout et décrété ce qui est bon à entreprendre, dans une logique de force totalement dépassée. Vous êtes dans l’erreur et vous le savez. La preuve, demandez au ministre Daouda Mamadou Marthe de vous fournir un rapport sincère sur l’état des enseignants qui sont restés dans le système après l’évaluation. C’est le désastre. Car l’évaluation n’a eu pour objectif, et je pense que c’est ça que vous recherchez, qu’à libérer des postes de dépenses pour l’État. Les mauvaises graines y sont toujours car la plupart ont compris le jeu et donné ce qu’il faut donner pour préserver leur gagne-pain. Faites-vous plaisir en débarquant inopinément dans des écoles, ici, à Niamey, et discutez avec quelques enseignants, particulièrement parmi les femmes, et vous comprendrez l’étendue du désastre. L’État a investi beaucoup d’argent sans aucun le résultat prétendument attendu.

Monsieur le ‘’Président’’, L’école nigérienne ne mérite pas de vous un tel sort. Vous ne pouvez pas continuer à rester insensible ou insouciant face à la descente aux enfers de secteurs sociaux de base telle que l’école alors que vous êtes prompte à écouter et à donner gain de cause à des aventuriers politiques qui n’ont ni idéal ni vision pour le Niger. Vous vous donnez un mal fou à contenter des voyous politiques alors que vous refusez de consentir le minimum pour l’école. Avec les perspectives catastrophiques de votre gouvernement pour l’école nigérienne, notamment dans le cadre du transfert des compétences et des ressources aux communes, il n’est pas exagéré de dire que c’est un projet de démantèlement de l’école nigérienne. Les Nigériens, je puis vous le dire, n’oublieront jamais votre gouvernance. J’ai décidé de vous parler de deux sujets : l’école et l’impératif d’une réduction du train de vie de l’État et de la taille du gouvernement. Mais, en vérité, je ne pense pas nécessaire de le faire. Car, lorsqu’un chef d’État est insensible aux questions de l’école alors qu’il est prêt à consentir de gros efforts pour débaucher des personnels politiques, il n’y a pas grand-chose à attendre de lui. Je ne vous crois pas capable de réduire le train de vie de l’État. Je ne vous crois pas non plus capable de réduire la taille de votre gouvernement. La raison ? Si vous le faites alors que l’éthique manque à la gouvernance en cours, votre pouvoir s’effondrera comme un château de cartes.

 03 février 2019
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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