Face à l’arrogance et à l’intransigeance du pouvoir Hama Amadou et l’opposition, désormais dos au mur

 Face à l’arrogance et à l’intransigeance du pouvoir Hama Amadou et l’opposition, désormais dos au mur Une provocation de trop ? Le 24 janvier 2018, les partis alliés au Pnds et les non affiliés auxquels il a été consenti deux places au sein de la commission électorale, ont adopté un code électoral qui enregistre quelques modifications jugées convenables au Pnds et à la volonté de contrôle du processus électoral.

Outre que l’article 8 a été écarté desdites modifications, maintenant ainsi l’exclusion de Hama Amadou des prochaines échéances électorales, les articles 80 et 81 qui traduisent la mainmise et le contrôle total du processus électoral par le Pnds, sont maintenus. C’est du moijs ce qui ressort de conclusions liminaires publiées par des communicants du régime sur leurs pages facebook. Pour mettre à nu les manigances ayant abouti à la réunion de validation qu’ils qualifient de mascarade, les opposants au régime ont rendu publique une déclaration pour appeler l’ensemble des Nigériens, acteurs sociaux et politiques, à se donner la main pour faire barrage à ce projet funeste visant à usurper les suffrages des électeurs. Un appel comme d’autres ? C’est ce que pense Mohamed Bazoum, le Président du Pnds Tarayya qui estime que l’opposition fait la politique de la chaise vide pour en suite, au finish, reprendre sa place sur la pointe des pieds. Histoire de dire que le bla bla de l’opposition ne mènera nulle part et qu’en fin de compte, elle perd en boycottant les étapes préliminaires pour finalement cautionner la fin du processus.

Le ras-le-bol est perceptible dans les rangs de l’opposition

Cette façon de voir les choses est-il responsable de la part de Mohamed Bazoum ? Si l’on s’en tient au passé récent, notamment au hold-up électoral, l’on ne peut que reconnaître au président du Pnds un goût de la vérité pour dire les choses telles qu’elles se présentent.

Du reste, nombre de Nigériens, recensés souvent dans les rangs des partis d’opposition, s’interrogent sur l’attitude et la politique de l’opposition qu’ils qualifient d’attentiste et de fuite en avant. Un jugement sévère qui traduit le rasle-bol au sein des plus jeunes en particulier qui bouillonnent d’impatience d’en découdre avec le parti au pouvoir. Des idées et des dispositions d’esprit que les leaders de l’opposition ont régulièrement atténuées, à défaut de pouvoir les balayer. Cette posture des leaders de l’opposition, de plus en plus acculés, est intenable à plus d’un titre. Les propos de défiance de Mohamed Bazoum, le président du Pnds en l’occurrence, sont évoqués à profusion pour soutenir l’impératif d’un changement d’attitude vis-à-vis du pouvoir. Les idées noires font leur petit bonhomme de chemin et il est fort à craindre que les Mohamed Bazoum de l’opposition ne l’emportent en fin de compte sur les colombes.

L’article 8 est l’aboutissement d’un procès qui n’a pas respecté les règles de droit

Que dire de Hama Amadou, leader politique charismatique à plus d’un titre, qui est, aujourd’hui, exclu du jeu électoral sur la base d’un procès qui n’a pas respecté les principes du droit ? Pour rappel, en matière de supposition d’enfant, il faut d’abord vider le civil pour prétendre aller en pénal. Or, pour qu’il y ait un procès au civil, il faut, soit qu’il y ait plainte d’une famille qui revendique l’enfant ou les enfants mis en cause, soit que le pays dans lequel la supposition d’enfant est supposée avoir été commise, porte plainte. Il n’y a eu ni l’un ni l’autre. Il n’y a donc jamais eu de procès au civil qui ait établi, de façon formelle et incontestable, le fait dont on accuse Hama Amadou. Autant dire que l’on a suivi d’autres voies que celle du droit pour empêcher un homme politique que l’on dit être le véritable gagnant des élections en 2016, de figurer sur la ligne de départ de l’élection présidentielle à venir. Auparavant, Hama Amadou a été harcelé, incarcéré, exilé, sans qu’il ait, une seule fois, manqué de sagesse et de lucidité pour tenir des propos incendiaires. Comment réagirait-il, cette fois-ci, face à cette résolution visant à l’exclure, sur des fondements purent politiciens que l’Union parlementaire internationale (UIP) a clairement établis et dénoncés ? Comment vont réagir ces millions de Nigériens qui, par-delà l’appartenance politique, estiment que l’homme est celui qu’il faut à la tête de l’Eta pour rétablir les grands équilibres brisés ?

Le climat politique pourrit à vue d’œil et le pouvoir n’a aucune intention de reculer

Le code électoral et la composition de la commission électorale constituent assurément des bombes à retardement qui risquent de conduire à un conflit du genre non souhaitable. Le risque est d’autant plus élevé que l’opposition a déjà, maintes fois, déclaré que les élections seront inclusives, libres et transparentes ou ne se tiendront pas. Un message sans ambiguïtés que tente de minimiser, lorsqu’ils ne le tournent pas au ridicule, les tenants du pouvoir. Mohamed Bazoum, président du Pnds, a déclaré, à l’issue de l’atelier de validation des modifications jugées acceptables, que l’opposition finira bien par prendre le train en marche vers la fin du processus. Cette volonté d’infantiliser l’opposition politique n’estelle pas susceptible de produire un effet non escompté et no attendu ? Tout porte à croire que le climat politique pourrit à vue d’œil et que le pouvoir en place n’a aucune intention de se remettre en cause. Et de reculer

Amadou Madougou

03  février 2019
Source : Canard en Furie

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