Après l’euphorie du sommet de l’UA et les applaudissements au conseil des ministres : Ouvrir les yeux, la misère est toujours là

Après l’euphorie du sommet de l’UA et les applaudissements au conseil des ministres : Ouvrir les yeux, la misère est toujours làDepuis quelques jours, sans se fatiguer de rappeler l’événement, le gouvernement ne cesse de parler du sommet de l’UA par le ronronnement intempestif, infini et fastidieux de la belle fête, au point d’agacer les Nigériens qui ont certainement mieux à faire, notamment quand ils ont l’impression, malgré le satisfecit qu’on leur ressasse, que le monde s’écroule sous leurs pieds avec la multitude de sociétés qui ferment, avec ces attaques terroristes, déjà dévastatrices ailleurs, qui prennent forme dans la région de Maradi, poumon économique du pays où des villageois, n’ayant plus la certitude que le gouvernement de Brigi Rafini peut les protéger, plient bagages pour une errance dont ils ne peuvent connaitre l’issue. Comment se nourrir de la réussite d’une fête quand ces résultats scolaires catastrophiques qui donnent le tournis et interrogent gravement une société face à ses responsabilités non assumées, viennent nous frapper à la figure, questionnant notre faillite collective ? Comment se contenter de joies factices avec la paupérisation croissante des couches vulnérables quand une clique de privilégiés et d’insouciants du système s’enrichit de manière inconsidérée et insolente, et tout cela quand le constat de ceux qui nous regardent à travers le monde interpellent à plus d’un titre, appelant implicitement, face à cette rage des joies débordantes et incompréhensibles qui s’emparent de nos gouvernants qui semblent avoir oublié le contrat qui les lie au peuple, à plus d’humilité pour se rendre compte que nonobstant le béton qui pousse dans la ville, malgré les quelques routes qu’on exhibe vaniteusement, malgré les ponts qui se construisent dans la roublardise qui caractérise la gent socialiste, le pays ne bouge pas et qu’il y a à s’occuper d’abord de l’HOMME et de son AVENIR. Pourquoi donc le socialisme ne s’occupant plus que de luimême, bannit-il l’homme, l’humain ?

Est-ce d’ailleurs pour la première fois que le Niger organise un sommet d’une telle envergure pour ne pas finir de s’en réjouir ? Kountché en avait organisé. Et plus récemment, sous la 5ème République, Tandja et son gouvernement avaient organisé avec brio le sommet de la CENSAD à Niamey sans jamais tomber dans l’autosatisfaction délirante qui étourdit aujourd’hui des socialistes.

Mais la Renaissance aime ce qui brille et trompe, «l’or blagué» come dirait un autre. Et c’est pourquoi, Jeune Afrique, il y a quelques jours, notait que « l’ancien ingénieur des mines [Issoufou Mahamadou] a choisi de croire à la théorie du ruissellement et il a fait son choix : construire en jouant de partenariats public-privé, inaugurer et laisser une trace, si ce n’est dans l’Histoire, au moins dans le paysage ». En opérant ce choix, il va sans dire que le capital humain n’intéresse guère le régime qui a fait le choix de marquer sa gouvernance par la réalisation d’infrastructures onéreuses de prestige même si elles devraient appartenir au capital et au privé étrangers, non au Niger et à son peuple, heureux de voir du gros béton se dresser dans la ville, rutilants, insultant la misère crasse des populations, mais changeant, il est vrai, le paysage urbain.

En quoi d’ailleurs ces murs grands qui séparent et renforcent les inégalités dans la société, peuvent-ils changer la qualité et le niveau de vie du Nigérien d’une part et d’autre part du paysan lambda qui vit aux confins du Djado, de la Sirba, dans les brousses perdues et angoissées d’Inatès et de Bosso ? Croit-on qu’on peut faire sourire de gaité le paysan qui scrute l’horizon dans l’angoisse et l’inquiétude avec seulement ces paysages nouveaux qu’on lui montre de la ville-lumière que serait devenue Niamey ? Et c’est vrai qu’on a mis de côté, pour faire du «Koskorima», les mendiants qui infestaient la ville et qu’on ne voulait pas que les hôtes voient pour qu’ils ne se rendent pas compte que derrière les immeubles insolents bâtis, frais et neufs, croule la misère d’un Niger qui vit mal, ils sont nombreux ceux qui, avant de venir, savent bien la réalité de ce pays. S’il est vrai que quelques édifices poussent dans la ville, il reste vrai que le Niger d’un point de vue de ce qui permet d’apprécier la qualité de leur vie, l’IDH en l’occurrence, est loin d’être le pays émergent qu’on prétend en avoir fait.

Et puis, quelle fierté peut-on avoir quand depuis huit ans que gouvernent les socialistes, les routes Bella-Dosso et Tahoua Arlit sont dans un piteux état, comme s’il devait avoir de raisons inavouées pour lesquelles on se refuse à les réhabiliter ce d’autant que si l’une est la route de l’unité et de l’uranium qui lie le Nord au reste du pays, l’autre est économiquement stratégique pour le pays. Cette route en son état actuel, faut-il en convenir, ne donne qu’une mauvaise image du pays pour celui qui arrive par cette voie dans le pays.

Lorsque, pendant que les gouvernants, fiers de leur exploit après avoir tenu le sommet de l’UA, refusent de regarder la réalité en face, notamment lorsque de vieilles entreprises ferment, laissant derrière elles des hommes et leurs familles dans l’incertitude, il y a de quoi douter que la Renaissance se préoccupe vraiment du mieux-être des Nigériens. De quoi peut s’extasier un gouvernement qui doit faire face à de telles réalités et qui ne montre jamais qu’il en est préoccupé, passant son temps à se flatter, se gavant de chansons et à se passionner pour les prestations de la choral de l’université de Niamey ? Comment ne pas prendre peur pour l’avenir de ce pays quand en plus, le pétrole sur lequel les Nigériens misent semble souffrir de la gabegie et du pillage de socialistes qui ne pensent qu’à s’enrichir ? L’on peut se rappeler des sautes d’humeur qu’il y avait eu entre les Chinois de la CNPC, exploitants du gisement, et leurs partenaires nigériens. C’est Africa Intelligence du 9/07/2019 qui a révélé les préoccupations des Chinois quant à la gestion du pétrole qu’ils produisent, avec pour partenaire national, dans la commercialisation du précieux liquide, la SONIDEP, une société nigérienne qui semble être la vache à lait d’une camarilla cupide et pilleuse. Les Chinois semblent ne plus être capables de supporter l’attitude prédatrice de ses partenaires nigériens. Et Africa Intelligence rapporte que la « CNPC ne supporte plus de ne pas être payé par le premier distributeur du pays : la Sonidep, lieu d’affairisme outrancier, de clientélisme, de clanisme et de favoritisme. Cette fois-ci, Pékin menace ». Il y a donc de l’électricité dans l’air. Et de ce côtélà aussi, la Renaissance est en train de spolier le peuple, gérant mal son pétrole qui lui a pourtant donné de réels espoirs. C’est sans doute pourquoi, la CNPC et Pékin, selon le même journal, « imposent une stricte tutelle sur la société d’Etat, Sonidep ». Peut-on encore faire confiance pour rire, applaudir et danser si inconsciemment alors que des choses aussi graves se passent dans le pays ?

Peut-être que les Guristes et leurs affidés peuvent croire ici à une critique malveillante qui refuse qu’on reconnaisse au régime ses « succès éclatants » qui l’enivrent de tant de joies débordantes, mais il n’en est rien dans le fait. Ce succès ne doit pas éblouir au point de nous obnubiler pour ne pas être capables de voir la réalité cruelle d’un pays qui va mal. Et comme pour attester de la pertinence et de l’objectivité de ces critiques fondées, des organisations internationales, souvent sans évoquer expressément le cas du Niger, montrent que les choix des Renaissants sont complètement en déphasage avec les urgences du pays, avec ses priorités surtout.

Depuis quelques jours, l’on peut voir circuler sur les réseaux sociaux un tweet qui oblige à penser au cas du Niger, relativement à sa gestion et aux choix qui sont opérés par les régnants. La critique apparait comme un conseil gratuit pour des hommes envieux qui pensent que le challenge infrastructurel que commandent des complexes pour avoir vu des pays briller de leurs attraits physiques qui sont pourtant l’aboutissement de tout un processus qui a duré des décennies, souvent des siècles, il y a à sortir de cette extase quand juste après le sommet, comme pour parler aux autorités nigériennes, un tweet de la Banque mondiale en date du 18 juillet note qu’ : « Une population instruite, en bonne santé et bien nourrie rapporte davantage à l’économie que la seule construction de routes et de ponts ». Il n’y a donc pas à se nourrir d’illusions, de faux succès : le progrès ne peut venir que de l’école, de la bonne école et d’un système de santé qui assure le mieux-être à la population étant entendu qu’on ne peut rien entreprendre sans assurer une bonne santé aux hommes et aux femmes, aux jeunes et aux moins jeunes. On ne peut rien réussir non plus sans une population bien nourrie. Or, qui ne sait pas que nous mangeons mal, si ce n’est des produits surgelés à la qualité et à la provenance douteuse, c’est des céréales dont la qualité laisse à désirer. Il faut donner une bonne éducation et une excellente formation, toutes choses qui passent par la refondation de notre école, pour voir la métamorphose de notre société qui ne peut pas qu’être physique à travers ce qui se construit souvent dans la démesure et dans la fantaisie, mais en l’homme qui doit refléter par sa parole et par ses actes, le degré de mûrissement d’un peuple prêt à assumer son destin. Sans doute qu’avant de songer à des échangeurs, il aurait fallu construire de manière équitable dans le pays, des routes qui rapprochent les populations pour faciliter les échanges entre elles.

Après le tweet de la Banque Mondiale qui ne s’adresse pas spécifiquement au Niger mais qui peut donner si opportunément à réfléchir au cas du Niger, c’est Oxfam qui a rendu public son dernier rapport dans lequel, il fustige le Niger comme étant un mauvais exemple de progrès. En optant pour des dépenses ostentatoires, fantaisistes à l’image de ces rails inutiles et abandonnés qui nous humilient, en optant pour des dépenses de prestige que rien ne saurait justifier dans ce Niger qui avait à opérer d’autres choix pour aller dans le progrès, le Niger ne peut que vivre les incertitudes que l’on plaint aujourd’hui.

L’acteur de la société civile, Moussa Tchangari d’Alternative Espace Citoyen qu’on peut soupçonner de ne rien comprendre à la passivité d’un peuple plaintif dont la vie ne compte plus pour ses dirigeants, tout en fulminant face à la précarité de la vie des siens, s’indigne de l’appréciation qu’Oxfam, après les classements humiliant du PNUD,fait de la situation socioéconomique et des progrès du Niger. Même s’il en est naturellement choqué, il reste qu’il se réjouit par ailleurs que ce rapport indépendant, vienne corroborer tout ce qu’ils ont toujours reproché par rapport à la gestion du pays et notamment par rapport aux reculs graves dans lesquels le pays est en train de se planter, appelant, sans succès, le gouvernement de Brigi Rafini au ressaisissement. C’est pourquoi, il estime presque en colère que loin de se fier à des rangs qui peuvent selon le cas ou offusquer ou donner quelques fiertés naïves, il s’agit d’ « une affaire de la vie des gens » face à laquelle, l’on ne saurait transiger. Le pays, au-delà de ce qu’on leur montre pour tromper sur la situation du pays, va mal et les Nigériens doivent s’en rendre compte pour se ressaisir.

N’oublions aussi que cela fait longtemps qu’OCHA ne se fatigue pas de rappeler, toutes les années, la situation de la famine et de la malnutrition des enfants dans le pays. Mais malgré tout on nous chante que le Niger est le nouvel Eldorado, ce nouveau pays de cocagne qui attirerait le monde entier vers nous si ce n’est pour partager le bonheur nouveau que le socialisme nous aura construit, au moins profiter de ce que nous tenons si peu à notre souveraineté pour laisser l’Extérieur recoloniser notre territoire en y installant des bases militaires.

Sans doute que le gouvernement lui-même sait que ça ne va pas. Il n’y avait pour s’en convaincre qu’à regarder dans la loi de finances rectificative qui a consacré des coupes budgétaires importantes dans des domaines où on l’attend le moins à savoir l’enseignement supérieur et l’Education dans son ensemble où depuis des années l’on se plaint que le gouvernement n’a investit peu.

Sans doute qu’il n’y rien à espérer de la Renaissance si ce n’est de contempler, pour le seul bonheur des yeux, Radisson Blu qui trône majestueusement au coeur de la capitale et de nos misères…

A.I

30 juillet 2019
Source : Le Canard en Furie

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