Amères vérités : Si Mohamed Bazoum ne se reconnaît pas un autre pays, une autre patrie, que dire d’un Baba Alpha ?

 Amères vérités :  Si Mohamed Bazoum ne se reconnaît pas un autre pays, une autre patrie, que dire d’un Baba Alpha ?Mohamed Bazoum, le ministre de l’Intérieur, manque manifestement de la suite dans les idées. Dans une interview qu’il a accordée, sans doute par calculs politiciens, au journal gouvernemental burkinabè, Sidwaya, il indique que « ses adversaires évoquent ses origines arabes », laissant planer son indignation et son dépit. Aujourd’hui, qu’il le dise ou pas, il se rend compte de l’étendue de sa gaffe vis-à-vis d’un certain Baba Alpha, chassé du Niger après avoir purgé une peine d’emprisonnent d’un an là où, ni le commanditaire, pourtant identifié, ni l’auteur (juge) de l’acte de naissance mis en cause, n’ont été inquiétés. Mohamed Bazoum se rend compte qu’il aurait dû et devrait être le plus fervent défenseur de Baba Alpha, qui est pourtant né sur le sol nigérien, qui a grandi au Niger, précisément à Niamey, et qui a fondé une famille au Niger.

Si Mohamed Bazoum ne se reconnaît pas un autre pays, une autre patrie, que dire d’un Baba Alpha que les autorités maliennes ont d’ailleurs considéré comme un refugié, accueilli et placé sous protection de la Croix- Rouge malienne ? Si Mohamed Bazoum est choqué par ces attaques outrancières dont il est l’objet et qui l’écoeurent, il n’a qu’à penser à Baba Alpha à qui, après l’incarcération, il aurait dû proposer d’attribuer la nationalité, en bonne et due forme, au nom de sa naissance sur le sol nigérien, mais également au nom de la famille qu’il a fondée au Niger, de son attachement à ce pays qu’il aime tant et pour tout ce qu’il a fait pour ce Niger. Au nom aussi, peut-être, d’une part de réalités qu’ils partagent.

Si, lui, Mohamed Bazoum, n’a pas un autre pays que le Niger, il doit demander pardon à Baba Alpha et au peuple nigérien, profondément blessé dans ses valeurs ancestrales. Il doit reconsidérer sa position et le remettre dans ses droits pour que vive un Niger dénué de considérations malsaines fondées sur les origines des uns et des autres. Un peuple est fait de tout. Ce qui compte, c’est l’attachement au pays et la défense de ce qui fait sa grandeur. Mohamed Bazoum a compris qu’il a commis une très grave erreur. Une erreur que son intelligence, fine, aurait dû lui éviter. Un piège ? Peut-être…

S’il refuse de s’obliger à passer par une reconnaissance de son erreur et un pardon au peuple nigérien tout entier, qu’il souffre d’entendre des gens, comme lui l’a fait à l’endroit de Baba Alpha, soutenir qu’il pourrait disposer de papiers d’état civil dont on peut douter de la légalité. En tout état de cause, étant ministre d’État, ministre de l’Intérieur, président du Pnds et candidat à l’élection présidentielle prochaine, Mohamed Bazoum doit lever toute équivoque à propos de ce qui lui est reproché. Ce n’est pas, loin s’en faut, un débat d’idées ou une campagne électorale où l’on raconte parfois tout de l’autre. Sa fonction au sein de l’État l’oblige à faire cesser ces «ragots» sur sa personne en apportant la preuve que ce qui se raconte n’est que pure méchanceté contre sa personne.

Les cas de Mahamane Ousmane et de Mamadou Tanja qu’il a évoqués si maladroitement ne peuvent lui valoir que d’autres volées de bois vert. Au Niger, et il le sait parfaitement, les communautés ethniques n’ont jamais permis à un homme politique de se faire élire à la tête de l’État. Le peuple nigérien, comme lui-même l’a relevé et que des études extérieures l’ont confirmé, est un peuple dont le brassage a atteint un tel niveau que l’on peut valablement parler de nation en perspective. Le vote ethnique, s’il n’a pas totalement disparu, ne permet pas de faire un président. Ni Mahamane Ousmane ni Mamadou Tanja, ne doivent leur élection à la tête de l’État à leur communauté d’appartenance. Le Niger est un beau pays où l’éthnie n’est plus une référence en politique. Tous ceux qui se sont essayé à ce jeu pervers se sont mordu les doigts.Ce n’est pas, donc, Mohamed Bazoum, le Nigérien, qui est en cause. Ce n’est pas, non plus, comme l’insinue si dangereusement le ministre de l’Intérieur, une communauté qui est mise sous la sellette. Puisque Baba Alpha a été condamné pour un acte d’état civil jugé faux et que c’est lui, Mohamed Bazoum qui s’est fait le chantre de la politique ignoble qui a frappé l’intéressé, il va falloir qu’il fasse la preuve, comme tous les candidats par ailleurs, qu’il n’est ni dans le cas de Baba Alpha, ni dans un autre cas de figure qui serait en porte-àfaux avec la loi.

Vérité pour vérité, il est bon que Mohamed Bazoum sache ce qui se raconte en ville. Pour de nombreux compatriotes, son choix en tant que candidat du Pnds à l’élection présidentielle prochaine, procéderait d’un calcul politicien de la part de celui qui l’a imposé aux instances du Pnds Tarayya ou du moins, proposé, pour respecter la pudeur observée par Pierre Foumakoye Gado. Un calcul politicien qui consisterait, selon les détracteurs, je suppose, à éliminer d’abord Hassoumi Massoudou pour, ensuite, opposer à Mohamed Bazoum, l’article 47 de la constitution. Cette étape, selon ce qui se raconte, se ferait le plus tard possible, au niveau de la Cour constitutionnelle. Une éventualité qui placerait le Pnds dans une situation insolite où il n’a pas de candidat à l’élection présidentielle. En fin de compte, pris de court par les évènements, les militants du Pnds n’auront d’autre choix que de soutenir le candidat qui, naturellement, apparaîtrait comme l’unique solution. Ce candidat, dit-on, c’est le général à la retraite Djibo Salou. C’est une question de «Doubara».

D’ici à là, le débat continuera de plus belle. Et plus Mohamed Bazoum persistera dans le flou artistique en entretenant lui-même le doute chez ses compatriotes, plus la situation profite au général Djibo Salou qui n’a rien d’autre que Mahamadou Issoufou pour être si serein et sûr. Mais il faut que les choses soient claires pour tout le monde. Si Mohamed Bazoum joue, par des propos sibyllins, à ferrer davantage le Président Issoufou dans une logique absolue de sortie en 2021, mais aussi de respect de la parole donnée, il n’ignore point la réalité. La réalité, quoi qu’il laisse paraître, n’est pas tant ce débat nauséabond sur ses origines que la perspective, désormais irréfutable, de la candidature d’un certain Djibo Salou.

BONKANO  

30 juillet 2019
Source : Le Canard en Furie

 

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