Limogeage du Ministre des finances, Hassoumi Massoudou : Lettre au Camarades du PNDS

Anza Oumarou 01Camarades membres du Présidium,
Camarades membres du PNDS,

Comme vous le savez, l’annonce du limogeage du Ministre des finances, HM, a fait l’effet d’une bombe au Niger, et partout ailleurs.
La décision que l’on sentait venir depuis des semaines a fini par être actée, à la grande désolation de plusieurs militants.

Le PR a fait tomber le couperet sur une personne qui, tout comme vous, et de l’avis unanime de tous, a été à l’avant-garde de la lutte qui l’a porté au pouvoir.
Du syndicalisme estudiantin, à la lutte pour l’avènement de la démocratie, en passant par la démolition de l’AFC, l’opposition « frontale » à feu Barré, l’opposition structurée vis-à-vis du tandem Tandja-Hama, jusqu’aux élections de 2011, HM a été de toutes les luttes politiques du PNDS Tarayya.
Ni les brimades, encore moins pressions et tensions, pas plus que le chemin de croix à Tondibia (1976) et à Ikrafane (1997), n’ont entamé sa détermination à poursuivre le combat pour la démocratie et le socialisme.
Sa loyauté en vers les camarades, son sens de l’Etat et son esprit républicain en font un militant hors pair, aujourd’hui adulé et admiré de tous.

Au sein du PNDS, peu de gens peuvent se vanter de son pedigree.

En congédiant HM, le PR a fait usage de son pouvoir discrétionnaire.
Jeudi passé, il était si décidé, qu’il a rappelé un ministre en mission officielle, au service de l’Etat, et dans le but ultime de rendre à la nation sa grandeur.
Son message était on ne peut plus clair.

Au rang des arguments invoqués par la Présidence, il est reproché à HM d’être entré en campagne électorale avec les moyens de l’Etat, et d’avoir lancé cette campagne à partir de sa région natale.
Il est également reproché à HM de manquer de discipline, en piétinant les textes du parti.
Enfin, certains thuriféraires du parti ont prétexté que son intervention à RFI sur le F.CFA était à la base de la foudre du PR.

Chers Camarades, le militant de 1992 que je suis, enrôlé au PNDS à la faveur de convictions de gauche et de relations personnelles avec par le PAN, O.T., ayant évolué ensuite sous les conseils éclairés du camarade Abdoulaye ALGUIMBA, ne peut se satisfaire de ces motifs, et ce, pour les rasons suivantes.

D’abord, s’il y a quelqu’un qui peut juger de la maturité et de la culture politiques de HM, de sa capacité d’analyse et de vision, de son apport intrinsèque et de sa loyauté, c’est bien le PR.

Accuser HM d’être parti en campagne électorale à Maradi, avec les moyens de l’Etat, quand bien même c’est accompagné d’une armada de directeurs centraux qu’il y était, tous nommés par décrets du même PR, donc redevables d’abord au PR, c’est léger comme justificatifs, d’autant plus que le travail qui y a été accompli en 48 heures en atteste formellement du contraire.

Aussi, accuser HM d’avoir orchestré l’annonce de sa candidature sur le réseaux sociaux, nuitamment effectuée le mercredi 30.01.2019 par le maire de N’Goyga, Elh. Siradji, c’est insulter l’intelligence et l’aptitude politiques de l’homme.

Quel diable aurait piqué l’éminence grise du régime pour espérer diriger le Niger sur base d’une stratégie politique nuitamment élaborée par un parfait inconnu, à partir d’une brousse perdue de son Boboye natal?

Chers camarades, il faut se ressaisir. Nous parlons de HM, une des rares personnalités politiques encore crédible, admirée et respectée pour sa probité, son intégrité, sa compétence, son amour de la patrie et son sens de responsabilité.

Deuxième prétexte avancé pour justifier la révocation du ministre, HM est accusé d’indiscipline et de manque de respect pour les textes du parti.
En clair, il serait entré en « dissidence », en « rébellion » contre l’autorité. Fort heureusement, cet argument est classique dans les régimes de tendance stalinienne.

Au prime abord, les textes du parti ne sont pas une table divine.
A priori donc, tout ce qui n’y est pas formellement interdit, peut légitimement être perçu comme permis.
Ensuite, HM connaît les textes du parti mieux que tous ces laquais qui abondent dans les médias sous le sceau de l’anonymat, pour trouver une justification à la décision inique du PR.

Certains ont invoqué que HM qui lisait les ordres d’expulsion des anciens camarades (Saidou Sabo, Souley Oumarou, Adji Ari Kirgam et consort) devrait être conscient des risques qu’il encourait en passant outre les textes du parti.
Bien sûr que oui. Qui pourrait dire le contraire ?
Seulement, ne perdons pas de vue que les sanctions ultimes invoquées étaient prises et entérinées par le CEN, le Présidium, de façon unanime, dans un consensus général.

Mais, comparaison n’est pas raison. Je ne dénie pas au PR son pouvoir discrétionnaire. J’invoque simplement le respect du principe de collégialité qui a toujours prévalu au Présidium et qui a porté MI au pouvoir en 2011, principe peut être imparfait, mais qui a fait du PNDS un parti de consensus et de compromis.

En clair, avant de descendre HM, il aurait fallu lui donner les moyens de sa défense.
Le principe du contradictoire aurait dû être observé.
La violation de ce principe fait peser, à tort ou à raison, un doute sur les réelles motivations de son éviction.
On ne peut s’empêcher de penser qu’il y a anguille sous roche.

Aujourd’hui, il ne reste plus qu’à convoquer le Présidium pour entériner la décision.
En tout état de cause, HM ne peut pas être tenu comptable des conséquences des décisions prises. Qu’on le veuille ou non, il est la victime et le signal envoyé à l’opinion est désastreux.

Pour ceux qui invoquent l’interview de HM à RFI relativement au F.CFA, l’argumentaire est tiré sur les cheveux.
Sur le sujet, on peut être en désaccord formel et frontal avec HM.
Mieux, on peut même lui opposer des arguments rationnels, cartésiens.
Cependant, en aucun cas, il ne saura lui être reproché une faute politique.
Personne n’ignore que le Nigéria de Buhari n’est pas en phase avec la monnaie unique de la CEDEAO.
Le Président MI et le Niger ont le droit de se battre pour une monnaie commune (ou unique). Nous faisons certainement bien d’agir ainsi.
Toutefois, force est de constater qu’il y a des obstacles à notre rêve de voir la CEDEAO mieux intégrée. Il faut les combattre, sans toutefois se tromper de combat.
La loyauté de HM envers MI a toujours été totale, en tous lieux et en toutes circonstances.
Ainsi, au pire HM s’est trompé, au mieux il a défendu une vision.
En aucun cas, il n’y a une faute politique.

Dieu sait que tout humain peut se tromper. Il suffit de jeter un regard rétrospectif pour s’en rendre compte.
Les événements de Charlie Hebdo n’étaient pas exempts de critiques.
Ils avaient mis le Niger à feu et à sang. C’était inédit dans les annales de notre Histoire.
Pourtant, une simple déclaration du PR qui se sentait légitimement investie de cette mission en était la cause.
Bien entendu, même en étant jugée unanimement maladroite, personne n’a désavoué la phrase du PR.
Mieux, il a été fait bloc derrière lui pour surmonter la tempête.

In fine, le seul reproche acceptable qui puisse être fait à HM c’est son ambition.
Et sur ce sujet, personne n’ignore que c’est l’ambition qui a porté MI au pouvoir.
Premier Ministre à 42 ans, il a éclaté l’AFC, miné le géant MNDS. Nous avons ensuite amadoué le CSRD pour conquérir la magistrature suprême du Niger.
C’est à la seule faveur de son ambition et de la force de notre volonté que le peuple l’a soutenu et qu’il y est arrivé.

C’est l’ambition personnelle qui a porté Churchill et De Gaule au pouvoir.
L’un s’est dressé contre l’aveuglement politique de Chamberlain, l’autre s’est opposé à la lâcheté du maréchal Pétain.
C’est grâce à la vision politique de Churchill et à l’effort de tous que le monde libre est venu à bout du nazisme.

Aussi, rien ne prédestinait Obama à la magistrature suprême des US.
C’est fort d’une ambition dévorante, couplée au « yes we can » des démocrates, qu’il est arrivé au devant de la scène.

Les exemples peuvent être multipliés à l’infini.

C’est pourquoi nous devons encourager l’ambition au PNDS, et de façon plus général au Niger. J’encourage formellement HM a ambitionné la Présidence de la République au Niger. Il n’y a rien qui l’en empêche.

A dire vrai, j’ai une profonde admiration pour mon grand frère Bazoum. J’aurais été outrancier envers la nomenklatura si c’était contre lui que le sort s’acharnait.

Pour autant, s’il m’est donné la liberté de choisir entre mon grand frère Bazoum, mon oncle Massoudou et mon idole politique Dr Alhousseini, j’aurais du mal à trancher.

Tout de même, je ne veux pas qu’on m’enlève cette possibilité de faire un choix.

Le choix c’est la liberté et la liberté c’est le progrès.

Si tant est que le PR est en fin de mandat, alors qu’il nous soit permis la liberté du choix de son successeur.

Pour éclairer ce choix, les guerres de clans peuvent s’avérer utiles, légitimes et normales.

Au PS français, sous et avant Mitterrand, il y’a eu l’émergence des courants politiques de Rocard, Mauroy, Delors, et que sais-je.

Ces dissensions n’ont pas entamé l’unité du parti.

C’est tout naturellement, lorsque les querelles d’idéologie ont miné le parti qu’il a implosé, pour devenir ce qu’il est aujourd’hui.
Croyez-moi, Aubry et Valls en savent quelque chose.

Au PNDS, nous avons encore l’unité idéologique, du moins je l’espère.
Alors, ne nous privons pas de la diversité des courants.
C’est une richesse inestimable.

Bon vent à tous ceux qui aspirent à succéder à MI, au sein du PNDS.
Il n’y a aucun mal à le faire, il n’y a pas de meilleur timing pour ce type de combat.

B@t.

ANZA Oumarou
Institut Royal des Experts-comptables & Conseils fiscaux
Bruxelles BELGIQUE

Imprimer E-mail

Idées et opinions