Quand Gouverner rime avec 3P = Police+Procureur+Prison

Police Procureur Prison NigerGouverner fait partie de l’activité la plus importante et la plus haute, et qu’elle ne se donne pas aux hommes ex nihilo, sans avoir profité de l’aide de bons maître. » (Xénophon, Œuvres Complètes 3). Or, que remarquonsnous dans les faits ?

On nous a toujours rabâchés les oreilles que les socialistes (Mahamadou Issoufou et ses acolytes) étaient la fine fleur, la crème de l’intelligentsia nigérienne, mais au réel, nous constatons grandement qu’ils ont renversé la politique, et l’art de gouverner un Etat. Tous les nigériens qui avaient cru à l’évènement des socialistes au pouvoir, ne comprennent plus qu’elle mouche les avaient transformés, inhumanisés. Mais si on procède à une petite psychanalyse de leurs conduites sur tous les plans, on comprendra aisément la cause, voire la pathogénie. Nous sommes convaincus, que les années dans l’opposition - Freud explique si bien l’importance du passé traumatique, qui détermine la personnalité (le « ça, le moi, et le surmoi ») - ont eu des effets, des conséquences nuisibles dans leur agir politique. Ils sont devenus impassibles aux souffrances de leurs concitoyens, alors que c’était l’inverse qui devrait se produire. D’aucuns qui ont connu ces socialistes, reviennent d’un long coma : c’est à ne rien comprendre : la prédilection pour l’argent a pris le dessus sur le désir et la volonté de rendre les Nigériens heureux.

Aujourd’hui « tayi tawri » ne fait ni chaud ni froid aux renaissants (de guristes, le terme s’est métastasé dans le jargon de la presse privée, en Roses, et enfin en renaissants). L’excellente preuve : les nouvelles mesures d’augmentation de taxes partout, liées aux de finances 2018 et 2O19. S’ils continuent dans cette voie de manière aveugle, quasiment irrationnelle, ils iront droit à leur perte. Psychiquement, il me semble qu’ils sont même disjonctés des réalités. A nos portes l’opposition togolaise est en colère contre le régime de Faure, au Soudan pareil. Les renaissants vont-ils toujours croire ou penser que seule l’opposition nigérienne est contre leur régence ? Je ne le pense pas. Il ya un Tsunami social qui est en train de prendre corps et forme pour blackbouler la dictature patente de la renaissance. La règle des 3P : Police+Procureur+Prison, ne peut jamais démobiliser cette rancœur sociale qui est en marche contre la mal gouvernance, et qui a maille à sécuriser les nigériens.

Ceci pour dire qu’il y a un temps pour tout, et le pouvoir doit commencer à se réveiller, et comprendre qu’il est trop tard : les Nigériens ne vous aiment plus. Les derniers résultats des enquêtes d’Afrobaromètre permettent de l’attester : 1)- « (67%) des Nigériens pensent que le pays est orienté dans la mauvaise direction, soit trois (3) fois la proportion enregistrée en 2015. D’une part, 55% des nigériens ne sont pas satisfaits de la manière dont le pays évolue économiquement. Contre 13% en 2015 et 33% en 2013. D’autre part, près de la moitié c’est-à-dire (45%) des Nigériens pensent qu’en 2018, leurs conditions de vie sont pires que celles des autres concitoyens. Alors que deux-tiers disent avoir manqué de nourriture, « quelques fois », « plusieurs fois », ou « toujours », l’année passée ». 2)- « Du point de vue de la corruption, 57% de nigériens en 2018, contre 39% en 2013, pensent qu’au fil des années le gouvernement a démissionné de son rôle de lutte contre la corruption au sein de l’administration publique. Tandis que six (6) Nigériens sur 10 constatent une augmentation du niveau du phénomène de la corruption. L’enquête révèle également que : selon le nigérien lambda, les policiers et les gendarmes sont les plus corrompus de l’administration publique, suivis des officiels du gouvernement et des parlementaires. Sept (7) Nigériens sur 10 pensent ne rien pouvoir faire pour enrayer la corruption. Les ruraux, les plus pauvres, et les moins instruits sont les plus pessimistes. ».

Tout ceci pour dire qu’en réalité, les socialistes ne comprennent que dalle en politique. Ce sont des faux lecteurs d’Aristote et de Machiavel. Le meilleur politique au Niger comme l’a si bien développé Issoufou Bachard (Paix à son âme), est Hama Amadou. Pour notre ex-ambassadeur : « Mahamadou Issoufou et Hama sont des frères siamois. Mahamadou Issoufou est parfaitement machiavélique, il est prêt à tout sacrifier pour garder le pouvoir. Aujourd’hui, il peut sacrifier le Niger entier pour rester chef de l’Etat ».

J’avais toujours pensé qu’au Niger, tous les hommes politiques et les intellectuels sont pourris, mais, les propos d’Issoufou Bachard m’a permis de revoir mes analyses, car tout le monde n’est pas malhonnête intellectuellement au Niger, car il a osé dire honnêtement sa pensée : « HAMA est le meilleur d’entre nous ». Pourquoi ? Issoufou Bachard : « Moi je vous ai dit ici, s’il y’a un concours destiné aux politiciens, Hama sera le meilleur et le premier. Il n’aura même pas de deuxième ou de troisième, il y’aura pas un quatrième. Hama est au dessus de nous tous. Et ce qu’il vient de faire là, c’est qu’il fallait faire en acceptant d’être un prisonnier politique. Parce qu’effectivement, il est un prisonnier politique. En refusant maintenant de faire un recours quelconque, il met Mahamadou Issoufou dans son propre piège. ». Autrement dit, pour Issoufou Bachard, Hama Amadou était en réalité le Président qui devrait logiquement gouverner le Niger, et non sous le mode 3P = Police+Procureur+Prison.

La vraie politique, est pragmatique et vise toujours et essentiellement ce qui est « bien », « utile » et « juste » pour les populations. Les renaissants n’œuvrent plus dans les sens du « bien », et du « juste ». Ils gouvernent en mode « tayi tawri ». Ils trouvent un plaisir sadique à entretenir la misère dans les foyers (la potence des impôts par-ci par-là), à pauvériser (≠ de paupériser) les Enseignants et les enseignants chercheurs (72 h de grève pour arriérés de salaires, plus d’un mois de grève l’année dernière), à démotiver les médecins (des hôpitaux qui manquent du minimum pour travailler, et soigner les nigériens), une armée constamment en guerre, quand d’autres sont en prison, alors que l’Etat a besoin de tous fils militaires sur les théâtres de guerre. C’est un gouvernement sans conteste à visage inhumain, qui excelle dans ce que l’opposition appelle : les 3 P : Police+Procureur+Prison. Hélas, ils font fi complètement que Gouverner, c'est rendre justice et protéger les populations. On ne peut pas gouverner les hommes, si on ne sait pas aussi se gouverner, d'où pour les Grecs l'art de se gouverner soi-même. Pour Michel Foucault : « l'art de se gouverner soi-même devient un facteur politique déterminant. On sait l'importance prise par le problème de la vertu des empereurs, de leur vie privée et de la manière dont ils savent maîtriser leurs passions : on y voit la garantie qu'ils sauront mettre d'euxmêmes une limite à l'exercice de leur pouvoir politique. Mais ce principe vaut pour quiconque doit gouverner : il doit s'occuper de lui-même, guider sa propre âme, établir son propre éthos » (M. Foucault, Histoire de la sexualité, III, le « souci de soi », Paris, Gallimard, 1998 p. 122).

Il ne faut pas que le pouvoir aliène les hommes politiques. Or aujourd'hui, ces hommes politiques qui séjournent au pouvoir ne se soucient pas de leur âme. Ils sont obnubilés par le pouvoir. Sans ce dernier, ils sont à l'image du Céphale de La République de Platon, qui angoissait de quitter cette vie, sans savoir ce qui adviendrait de ses biens, de ses richesses. De fait, n'ayant pas eu le temps de sauver son âme, Céphale craignait de mourir. Cet exemple est la preuve si besoin est, que la richesse ne procure pas la sécurité, ni la tranquillité de l'âme, ni le pouvoir. Il faut mourir en paix, sans penser aux biens superfétatoires. Ce conseil est encore valable pour l'homme politique au pouvoir.

Le bon dirigeant doit donc éviter de faire du pouvoir une propriété personnelle, de faire des 3P une règle de gouvernance. Il doit apprendre à s'éloigner progressivement des biens du pouvoir. D'où la nécessité pour lui de bien gouverner comme le sage, et de quitter le pouvoir en paix, sans angoisse, ni vertigo. Si on sait gouverner avec sagesse, et justice, on saura en effet l'inanité de tout pouvoir, sa brièveté, a fortiori régenter en abusant de la force publique.

 17 janvier 2019
Source : Le Nouveau Républicain

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